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Edito : polémiques en Afrique du Sud

Se servant de critères raciaux, des parlementaires sud-africains veulent changer l’emblème de l’équipe d’Afrique du Sud de rugby, le Springbok, à leurs yeux un vestige de l’apartheid...

Le débat a pris une autre tournure avec l’intervention du très controversé Luke Watson, qui a envie de « vomir sur le maillot Bok »....

Nicolas Bouchet a mené l’enquête pour Planète Rugby...

Article mis en ligne le 20 octobre 2008
par Nicolas Bouchet
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La controverse enflait depuis plusieurs mois en Afrique du Sud, avec la demande de la suppression du Springbok comme emblème de la sélection nationale de rugby, et son remplacement par la Protea royale, pour faire un emblème unique de toutes les sélections nationales sud-africaines, quel que soit le sport.

Alors que Nelson Mandela et Thabo Mbeki avaient porté le maillot des Boks, tout comme le manager des Boks au dernier Mondial Zola Yeye, qui avait tant fait pour la lutte anti-apartheid, certains parlementaires se sont servis de la question raciale, arguant que le Springbok était un symbole de l’apartheid, raison principale pour laquelle il devait être retiré.

Début octobre, lors du National Sports Indaba (conférence national du sport) à Durban, Butana Khompela, président de la commission parlementaire du sport et plus ardent critique de l’emblème des Springboks, affirmait aux délégués de la conférence que le Springbok était un emblème qui divisait le pays, symbole de la race blanche et de son arrogance. Pour lui la négociation n’est pas possible, le Springbok en tant qu’emblème de la sélection nationale de rugby doit être remplacé le plus vite possible.

L’ANC, au pouvoir depuis la chute de l’apartheid, réagit vivement et promptement, par la voix de son porte-parole Jessie Duarte, qui annonce qu’il n’est pas question de supprimer l’emblème des Boks, du moins pas avant qu’il n’y ait eu un vrai débat, impliquant toutes les personnes concernées, supporters y compris. Même son de cloche du côté de l’Alliance Démocratique (principal parti d’opposition à l’ANC, dirigé par la maire de Cape Town Helen Zille), par la voix de son porte-parole Donald Lee « tout le monde dans ce pays, et même ceux qui ne sont pas nécessairement des fans de rugby, s’identifient à cet emblème. Tout joueur de rugby qui arrive à haut-niveau aspire à faire partie de l’héritage des Springboks. » Ces prises de position ont ravi le président de la fédération sud-africaine Oregan Hoskins, qui soutient bien évidemment le maintien du Springbok en tant qu’emblème de la sélection nationale.

L’affaire Luke Watson

Juste après ces événements survint ce que l’on peut appeler « l’affaire Luke Watson »...

Le 11 octobre sont rapportés dans la presse les propos du flanker de la Western Province et des Springboks, Luke Watson, propos tenus le 3 à l’University of Cape Town Rugby Football Club, lors de l’Ubumbo Rugby Festival. Il y est rapporté que Watson avait éprouvé de la répulsion à porter le maillot des Boks, qu’il avait eu envie de vomir dessus, et que selon lui la fédération de rugby sud-africaine était tenue par « les Hollandais », les descendants des premiers colons blancs arrivés en Afrique du Sud. Il affirme que les Afrikaners l’ont toujours déconsidéré au sein des Boks, lui d’origine britannique.

Mais revenons un peu en arrière ; qui est Luke Watson ? Il est le fils du respectable Cheeky Watson, un des premiers joueurs de rugby à avoir participé à un match de rugby avec des joueurs noirs dans les années 70, ce qui lui a valu de ne jamais être sélectionné chez les Springboks en pleine période d’apartheid. Sa famille a toujours combattu l’apartheid, s’opposant à la main-mise des Afrikaners sur l’Afrique du Sud. Il a été membre de l’ANC et du parti communiste sud-africain, 2 organisations interdites à l’époque. Luke Watson, né en 1983, a été formé au rugby à la Western Province, et a représenté l’Afrique du Sud en scolaire, en moins de 19 ans, en moins de 21 ans, et en rugby à 7, étant même le capitaine de plusieurs de ses sélections. En 2006, il explose au grand jour en conduisant les Stormers dans le Super 14, étant l’un des joueurs sud-africains de la compétition. En 2007, le président de la fédération sud-africaine et le manager Zola Yeye, ami de longue date des Watson, impose à Jake White de faire jouer Watson chez les Boks ; cette mesure politique passe mal parmi les joueurs, et Watson n’est jamais trop accepté parmi les joueurs. De plus son niveau de 2007 est assez loin de son niveau de 2006, et ses performances chez les Boks sont assez anonymes, ce qui permet à White de ne pas l’emmener au Mondial. Un Mondial où Cheeky Watson admet publiquement ne pas soutenir l’Afrique du Sud, espérant qu’elle se fasse sortir le plus vite possible...

Les déclarations de Luke Watson font grand bruit, d’autant plus qu’il accuse également Percy Montgomery de racisme, affirmant que Monty a démandé au nouvel ailier des Boks de porter un toast aux vétérans de la sélection lors d’un repas, une tradition à en croire l’encadrement des Boks, une preuve du racisme des joueurs blancs de la sélection selon Watson, bizarrement rappelé en sélection cette saison par Peter de Villiers, mais auteur de performances assez mauvaises...

Les réactions ne se font pas attendre ; Victor Matfield, capitaine des Boks cette saison en l’absence de John Smit blessé, s’insurge, et révèle qu’en tant que capitaine il a fait son possible pour impliquer Luke dans toutes les activités, mais que ce dernier s’est isolé au sein de la sélection. Pour Matfield, « si Luke a vraiment dit tout cela, il a brisé le rêve de millions de jeunes Sud-Africains de jouer un jour pour les Springboks ». Le code d’honneur des Boks a été bafoué par Watson, et il ne trouve personne pour le soutenir, excepté son père et.... Butana Khompela ! revoilà l’anti-Springbok, qui affirme à son tour « vouloir vomir sur le maillot des Sprinbgoks », réaffirmant que « le Springboks est l’emblème de la suprématie blanche en Afrique du Sud »...

Il est alors normal de rappeler à Komphela qu’il ne s’est pas vomi dessus lorsqu’il portait le maillot des Boks à la vue de tout le monde lors de la Coupe du Monde 2007, et dans les parades qui ont suivi la victoire des Boks !!!!

AfriForum Youth , une organisation des droits civiques en Afrique du Sud, choqué par les propos de Watson, l’accusant notamment de racisme envers les Afrikaners (et qui pourrait porter l’affaire devant les tribunaux pour discours haineux), a répondu par l’humour à tout cela. Son dirigeant national, Ernst Roets, a annoncé que AfriForum avait envoyé à Watson et Komphela des médicaments anti-nausée !! Réaffirmant que le Springbok était un emblème d’unité pour l’Afrique du Sud, il s’est dit prêt à pourvoir Butana Khompela en Valoid. « La tradition Springbok est plus importante que Kompela et Watson, et ils ont à l’accepter pour le salut de leur santé. C’est important que quand une personne de la stature de Kompela, comme il l’a fait à de multiples reprises dans le passé, parade avec le maillot des Springboks, il ne souffre pas d’inconfort lié à la nausée. Pour cela, nous sommes prêts à l’aider et à lui fournir à nouveau des médicaments anti-nausée... »

Vendredi 17 octobre, l’encadrement des Boks a rompu le silence sur les 2 affaires. Et c’est l’ancien Springbok Dick Muir, assistant de Peter de Villiers, qui a été le plus ardent défenseur du Springbok. Sentiments partagés par l’ancien l’arbitre Tappe Henning, actuel membre de l’IRB, qui suggère de garder le Springbok à droite, et pourquoi pas de mettre la Protea à gauche...

Watson n’a jamais fait l’unanimité, et cette fois il a carrément la majorité du pays contre lui, tandis que pour Kompela, ça vire au grand n’importe quoi. Dans son édition du 17 octobre, le quotidien Beeld révèle que Kompela et son adjoint Cedric Frolick, les 2 principaux « anti-Springbok », ont reçu, de par leurs fonctions, des places gratuites pour assister aux Tests des Boks, ainsi que des billets d’avion, et de nombreux vêtements aux couleurs des Boks, de la part de la fédération sud-africaine et du sponsor SuperSport. C’est la fédération sud-africaine de rugby qui a payé le voyage de Kompela à Paris pour le Mondial 2007, et peut-être celui de Frolick ; et c’est SuperSport qui lui a payé le voyage en 1re classe pour aller de Jo’burg à Wellington, via Perth et Sydney pour aller voir Nouvelle Zélande - Afrique du Sud en 2006, un billet d’avion d’une valeur de plus de 4.000 euros... et c’est sans compter les nuits d’hôtel... Quelle cohérence !!!

Où en est l’affaire actuellement ?

On a pu lire dimanche dans le journal Sondag, que plus de la moitié des Springboks de la saison avaient annoncé à Peter de Villiers qu’ils ne partiraient pas en tournée si Luke Watson était appelé en sélection. Informations confirmées par les Springboks de la Western Province, du Natal et du Gauteng dans la journée...

L’agent de Luke Watson serait entrain de considérer des offres de clubs européens, je le vois en effet mal remettre les pieds à la Western Province et son cortège de Springboks, et encore moins dans une des sélections nationales (15 ou 7). Mais selon certains, il ne désirerait pas quitter l’Afrique du Sud.

Kompela était injoignable depuis jeudi, et on n’a pas encore pu avoir ses réactions après les révélations du Beeld et les envois d’AfriForum.

Toute la classe politique sud-africaine, de l’ANC à l’Alliance démocratique en passant par l’UMD de Bantu Holomisa, ont critiqué les attaques de Kompela et se sont prononcés pour le maintien du Springbok en tant qu’emblème de la sélection nationale, comme la grande majorité des Sud-Africains, fans de rugby en tête !!

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