Comment a-t’on pu perdre CE match ?
Bernard Laporte n’a jamais fait l’unanimité. Ni aucun sélectionneur du XV de France, bien sûr.
Mais les détracteurs de Fouroux se sont tus, ceux de Berbizier aussi, et ceux de Skréla et Villepreux ont bien dû s’incliner, devant les résultats, les performances que leurs choix ont permis.
Ceux de Bernard Laporte, eux, ne se sont jamais relâchés. La faute à son comportement et aux choix qu’il a faits. Bernard Laporte n’hésite jamais à « tailler un costard » à un reporter, fût-il spécialiste de rugby, qui oserait le mettre face à ses contradictions. Et elles sont légions. N’est-ce pas lui qui déclarait qu’il ne sélectionnerait pas un joueur qui n’occupe pas le même poste en équipe de France et en club, pour ensuite aligner Heymans ou Traille à l’arrière, Chabal en 2è ligne... Lui aussi qui préférait prendre des joueurs spécialistes de leur poste plutôt que des polyvalents, pour ensuite, bien sûr, faire le contraire. Les exemples pourraient à eux seuls alimenter une chronique régulière.
Sans parler des 34 charnières qu’il a alignées en 8 ans.
Le problème principal du XV de France, c’est qu’il a au fil des ans perdu ce qui faisait sa force. Quand en 1999 on voyait la bande à Lamaison terrasser l’ogre All Black, c’était à coups de jeu, de folie, d’envie. La victoire de 2007 contre ces mêmes All Blacks ne fût, elle, que due au sacrifice défensif des Français, qui amenèrent les Néo-Z à déjouer. Quelle différence, puisqu’on gagne ? Elle est énorme. En effet, hier soir les Anglais ont proposé plus de jeu que les Français : un comble !!!
Depuis des années on sent monter que le perfectionnisme défensif, la rigueur imposée aux XV de France (« pas de faute, pas de faute »), s’ils sont louables, puisque la performance dans ce secteur sont impressionnantes (2 pénalités seulement contre les Bleus la semaine dernière)... ce n’est pas avec des schémas défensifs, furent-ils inviolables, qu’on marque des points.
Et puis jouer au pied, jouer l’occupation du terrain, face à des Anglais dont, justement, c’est la culture ancestrale... quelle erreur !!! Contre eux, il est évident que le poids des avants alignés (918 kg) aurait dû inciter à déplacer le jeu sur la largeur, à jouer beaucoup à la main... pour les fatiguer.
Aligner à nouveau les guerriers qui ont battu les Néo-Zélandais, rompus, mâchés, épuisés, seulement une semaine plus tard... quelle erreur !!! Oh, bien sûr, on pourrait dire que d’une part la défaite tient à rien, et qu’on aurait pu gagner avec les mêmes. Oui. Que les Anglais ont fait de même, qu’ils ont remis sur le terrain les mêmes joueurs. Oui.
Mais, il y a un mais :
d’une part l’Angleterre ne joue pas comme les All Blacks. Vous n’aviez pas remarqué ? Si ? Eh bien pas les stratèges du XV de France...
les Anglais ont eu une partie bien moins rude que les Français samedi dernier... ils n’ont pas eu à puiser dans leurs réserves comme le firent les Français.
Aussi, je suis persuadé depuis l’annonce de l’équipe que Bernard Laporte faisait une grave erreur. Comment ne pas voir que Nallet, Rougerie pour ne parler que d’eux, seraient bien plus en forme que Pelous ou Dominici ? Remanier un groupe, pour lui permettre de trouver un nouveau souffle, avec des hommes frais, c’était manifestement la chose à faire ! J-B Elissalde avait lui-même déclaré être « épuisé », et ce jeudi dernier ! En conséquence évidemment, au lieu de remettre sur le terrain 100% des héros de Cardiff... les hommes frais auraient dû les renforcer.
Il est ainsi manifeste qu’après une heure de jeu hier soir au Stade de France, les Français étaient épuisés. Moins lucides, ils ont donc multiplié les erreurs. Seul Jauzion et Elissalde ont semblé assez lucides pour orienter le jeu, mais ce fut largement insuffisant, face à des Anglais, qui, tels des chiens de chasse, ont senti la bête blessée, et ne l’ont plus lâchée jusqu’à la fin.
Le XV de France finira donc, comme en 2003, par la petite porte. Après avoir été menacé d’élimination prématurée, il se retrouve dans la « finale de bronze ». Encore une fois, l’injure faite aux 8 de ne leur laisser aucune chance de faire leur place, et de les faire jouer le dernier match, celui qui compte pour du beurre. Espérons que cette fois ils le prendront au sérieux, question d’honneur. Il ne nous reste que ça...