NZ - Angleterre en finale
Nouvelle-Zélande 37-34 Afrique du Sud
Devant un Eden Park d’Auckland chauffé à blanc et après un Kapa O Pango d’une intensité incroyable, pendant que les Sud-Africains reprenaient leur hymne national a capella, le Mondial 2011 a accouché d’un des plus beaux matchs de l’histoire des Coupes du Monde.
Sortis invaincues de leurs poules respectives, et largement victorieuses de leurs quarts de finale (contre les Pumas et les Irlandais), les équipes néo-zélandaise et sud-africaine nous ont livré un match de rugby d’une rare intensité physique.
Dès le début du match, une interception de François Steyn, après une passe mal ajustée de Dan Carter, permettait aux Boks de marquer le premier essai du match, transformé par Patrick Lambie, ouvreur révélation des Springboks, 7-0. Plusieurs pénalités plus tard, alors que le score est de 16-9, Israel Dagg enflamme l’Eden Park en se défaisant de 5 Springboks pour aller marquer en coin. Carter transforme, 16-16.
Avant la pause, Heinrich Brussow marque un essai à la manière d’un arrière, et Frans Steyn passe une pénalié de 55m, 26-16 pour les Boks.
Au retour des vestiaires, c’est le show Dan Carter ; en 20 minutes, la légende vivante du rugby néo-zélandais marque 2 essais et passent 2 drops, les Boks ne répliquant que par un essai de Bryan Habana, après une course de 80 mètres. 34-31 pour les All Blacks déchaînés.
A cinq minutes de la fin, Frans Steyn passe un drop monstrueux de 62 mètres, 34 partout. Les All Blacks jettent toute leur force, et n’oublient pas qu’avant le Mondial Dan Carter s’est entraîné à dropper, car il a bien étudié l’histoire des Coupes du Monde. A 10 secondes de la fin, imparable, 45m en face des poteaux, Carter drop, 37-34, les All Blacks sont en finale !
Australie 17-18 Angleterre
Dans l’autre demi-finale, tout le monde attendait la victoire des Wallabies, impressionnants face aux Gallois en quarts de finale (35-12), tandis que les Anglais, dans leur style très réaliste, avait battu les Tonga 26-0, des Tonga surprenants tombeurs de la France en poules.
Mais voilà, le mot est dit, réalisme. Les Wallabies ont certes marqué 2 essais par leurs deux stars Quade Cooper et James O’Connor, O’Connor passant également une pénalité, mais ils ont manqué trop d’occasions (3/8 au pied), et commis trop de fautes, que Jonny Wilkinson, avec son flegme de 2003 retrouvé, a puni immédiatement, en passant 5 pénalités sur 5. Mais le coup de pied le plus important a eu lieu à la 72e minute, alors que les Australiens menaient 17-15, et le scénario alors tant attendu, le même qu’en 2003, s’est répété, sans que les Wallabies ne puissent l’empêcher. Drop du gauche de Wilko à 35m en face des poteaux, imparable, 18-17 pour l’Angleterre qui jouera sa 3e finale consécutive.
Mais attendez, ça ne s’est pas passé comme ça ! l’Australie a été battue en poule, et est tombé dans le tableau des All Blacks, en battant les Springboks en quart de finale !
La France a certes perdu contre les Tonga, mais ces mêmes Tongiens avaient brisé eux-mêmes leur rêve de quarts de finale en perdant contre le Canada en poule.
Et oui, tout le monde avait une certaine vision du Mondial, avant le début de la compétition. Mais voilà, nous sommes dans un monde plein de réalisme, et il ne suffit pas de bien jouer pour aller en finale ; un philosophe a dit qu’il fallait juger quelqu’un sur les efforts fournis et la performance, car pour la victoire, cela dépend de trop de facteurs indépendants de notre volonté...
Les Gallois ont certes dominés, et si on jugeait sur la performance rugbystique, ils seraient en finale. En quarts de finale, les Boks avaient dominé les Wallabies, mais ont perdu.
Dans le sport professionnel, et dans les compétitions en général, il faut savoir pourquoi on est là. Comme le disait l’entraîneur anglais Martin Johnson, l’important est que son équipe se qualifie, même s’il joue très mal. Il avait compris le but d’une compétition, et ses règles. L’important n’est pas la manière, la classe ou d’être spectaculaire et flamboyant. L’important est d’être devant au score à la 80e minute.
Je n’ai pas regardé les demi-finales, mais j’ai vu quelques images, et j’ai vu le score à la fin, 9-8 et 20-6, les vainqueurs sont en finale, et c’est ce que retiendra l’histoire.
Quand dans 20 ans, quelqu’un voudra écrie un article, il regardera les scores, comme je le fais quand je vous parle des Coupes du Monde passées. Il ne se souviendra pas que la France ne méritait pas d’aller en finale, que le capitaine gallois a été sorti à la 20e minute.
Donc bravo aux finalistes, et j’ose le dire, allez les Blacks. Pas parce que les Français ne le méritent pas. Mais parce que toute cette génération des McCaw a été extraordinaire, et elle mérite ce titre mondial.
NB : je trouve les Coupes du Monde cruelles, et ne récompensant pas toujours la meilleure équipe. Le seul mode de compétition qui récompense la meilleure équipe est à mes yeux celui employé dans les championnats de football européens, sans play-offs à la fin de l’année, et là on voit le meilleur sur la durée, et après qu’il ait affronté tous ses adversaires...