France - Canada, un match piège
Un match piège
Dès le départ, avec ces trombes d’eau s’abattant sur Napier au point d’en inonder la pelouse du McLean Park, on eut pu craindre le pire pour nos petits coqs. Cela sentait le match piège…
En effet, cette pluie a commencé à s’abattre quelques heures avant le coup d’envoi alors que jusque là les Bleus baignaient dans une quiétude quasi estivale depuis leur arrivée à Napier. Jusqu’à cette tempête, aucun nuage ne pointait à l’horizon du XV de France qui pouvait encore entrevoir l’esquisse d’un jeu de passes et de mouvement qui avait fait notamment défaut face aux nippons une semaine plus tôt.
Alors au moment du coup d’envoi, quelle stratégie adopter pour répondre aux attentes et se rassurer après une première sortie mitigée ?
Le début de match ne nous apportait pas de réelles réponses : un enchaînement de passes latérales dans ses propres 22m peu convainquant au vu des conditions climatiques…et déjà 3 points offerts aux Canucks sur leur toute première possession de balle.
Pour la première intrusion des français dans le camp canadien une grande chandelle à quitte ou double permettaient aux français de prendre l’avantage grâce à un Clerc toujours bien placé. On pensait avoir trouvé la bonne stratégie pour l’emporter dans ces conditions, seulement à ce jeu là les meilleurs étaient les canadiens qui répliquaient, suite à un coup de pied plus qu’hasardeux de Trinh-Duc, par une chandelle mal maîtrisée sous les perches par Traille et Rougerie.
Menés 10 à 7, pas pour autant d’inquiétude à avoir dans le camp tricolore, mais pas non plus de révolte ou de grandes envolées. Certainement par peur de se découvrir et de prendre un contre assassin, les bleus conservent le ballon au chaud et se restreignent à un jeu d’affrontement plus proche de la lutte gréco romaine que du jeu de mouvement prôné par les Blacks. Cette méthode finit par mettre à la faute de rudes et vaillants canadiens immédiatement sanctionnés par l’adresse d’un Morgan Parra à 100%. Rien de plus à se mettre sous la dent avant la mi-temps, les Bleus sont appliqués et patients et préfèrent se contenter d’un avantage, court mais suffisant, de 9 points et peuvent remercier le buteur adverse pour son manque de réussite (3 échecs au total) avant de retrouver le vestiaire.
L’arrêt de la pluie et un début d’espoir…
Au retour des vestiaires, le déluge commence à s’estomper et on s’attend à voir enfin un peu de jeu et la France prendre son envol. Seulement, c’est sans compter sur des Canadiens persévérants, bien que dominés physiquement, qui continuent à y croire en raison du faible écart de points qui les sépare du favori. Jusqu’à la 60e minute cet écart se situe constamment entre 6 et 9 points en faveur de la France suite à un échange de points au pied entre les 2 formations (1 drop de François Trinh-Duc et 1 pénalité de Parra pour la France contre 2 drops de l’opportuniste ouvreur canadien Monro et 1 pénalité de l’arrière Pritchard). À 25-19 en sa faveur, le XV tricolore décide enfin de répéter ses lancements de jeu. Sur une touche réduite à hauteur de la ligne médiane, le ballon est confié au surpuissant Picamoles qui parvient à s’emparer du centre du terrain, une sortie rapide dans le même sens pour l’ouvreur, et un leurre de Mermoz qui fixe 2 défenseurs canadiens, permet de mettre l’arrière Traille sur orbite qui file jusqu’à l’en-but adverse après une feinte de passe et un crochet intérieur sur le dernier défenseur. Essai transformé par Parra, 32-19 pour les Bleus.
C’est le moment choisi par Lièvremont pour faire entrer du sang neuf, Yachvili à la mêlée et Parra repositionné en 10 comme face aux nippons, Harinordoquy, Guirado au talon et Médard à la place du capitaine d’un jour, Rougerie, quelque peu effacé au cours cette partie.
Les Bleus accélèrent pour les 10 dernières minutes et obtiennent une bonne mêlée à 5 mètres de l’en-but canadien. Une « 89 » d’école dans le petit côté entre Picamoles et Yachvili suivie d’une passe sautée pour la fusée Clerc qui finit le travail en coin. Le score s’alourdit à 39 à 19, et les Bleus semblent se libérer, enfin ! Il reste à peine 1 minute pour espérer marquer le 4e essai synonyme de bonus offensif. Les Bleus relancent de leur camp et le ballon passe de main jusqu’à Mermoz qui, par un crochet intérieur sur l’ailier droit canadien, perce jusqu’au 22 adverses et croise avec Médard qui trouve le soutien d’Harinordoquy repris du bout des doigts. Les canadiens sont dépassés et après une sortie de balle rapide, Parra allonge la passe pour Traille qui n’a plus qu’à remettre intérieur pour le 3e essai personnel de l’inévitable Clerc.
Score final : 46 à 19.
Que faut-il retenir des 2 premiers matchs ?
On pourra regretter les conditions climatiques exécrables qui n’ont pas permis aux tricolores de rentrer dans le match de manière convenable pour prendre confiance. Néanmoins, malgré le manque d’ambition du jeu français, jamais nous n’avons senti cette équipe en danger, contrairement au match face au Japon où le XV de France s’était fait peur à 21-25. Les physionomies des 2 matchs sont totalement différentes, néanmoins des similitudes sont apparues. Tout d’abord on notera que François Trinh-Duc ne parvient pas à s’affirmer comme le chef d’orchestre tant attendu de la ligne tricolore. Son jeu au pied est trop approximatif à ce niveau, ses prises de balles trop arrêtées pour pouvoir lancer l’attaque comme il se doit et sa défense n’a pas été irréprochable sur ces 2 matchs. Aussi, son remplacement par Morgan Parra a permis, par deux fois, de redynamiser l’attaque tricolore et de scorer. Peut-être de quoi revoir ce dernier titulaire à l’ouverture face aux Blacks samedi prochain… ?
Par ailleurs, on notera également l’absence d’avancée des avants français. Certes, nos « gros » sont solides à l’impact, mais ils gagnent peu de terrain et ne permettent pas d’accélérer le jeu. La longue préparation physique des français a permis de sculpter les corps, toutefois n’oublions pas que la force n’est pas l’unique composante de la puissance, l’autre étant la vitesse. Si ces derniers pouvaient s’inspirer du jeu des kiwis qui arrivent lancés sur chaque prise de balle, la donne serait toute autre et les tricolores pourraient alors retrouver la confiance qui leur fait tant défaut en interne et auprès de leurs supporters…
À noter
Les français étaient sensés être inquiétés par l’équipe des Tonga, elle-même dominée quelques jours plus tôt par le XV canadien. Nous pouvons en déduire que les français jouaient gros face à des canadiens en progression. Le score final reste donc une satisfaction, d’autant plus qu’il s’inscrit dans la lignée des précédentes confrontations qui se sont toujours avérées rudes, particulièrement en coupe du monde (cf. liste ci-dessous).
Coupe du monde 1991 : France – Canada à Agen : 19 - 13
Test-match à Nepean (Canada), 1994 : Canada – France : 18 – 16
Test-match à Besançon, 1994 : France –Canada : 28 – 9
Coupe du monde 1999 : France – Canada : 33 – 20
Test-match au Stade de France, 2002 : France – Canada : 35 – 3
Test-match à Toronto, 2004 : Canada – France : 13 – 47
Test-match à Nantes, 2005 : France – Canada : 50 - 6