Stade de France (Paris) le 06 avril 2002
FRANCE 44 - 5 IRLANDE
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ANALYSE par:
Francis Léta,
Ancien entraîneur de la Section Paloise, du CA Brive-Corrèze et de l'Aviron Bayonnais.

Francis LETA, en bref:

Né le 4 décembre 1947 à Bayonne.
Ouvreur à l'Aviron jusqu'en 78, entraineur à partir de 80 (finaliste en 82).
Il conduit Pau en finale du "Du Manoir" en 95, et en demi-finale du championnat 96. Victoire en Coupe de France 97, et demi-finale en 98. Il y a deux ans, entraineur du CA Brive-Corrèze en compagnie de Serge Laïrle. Depuis deux ans, entraineur de l'Aviron Bayonnais Rugby Pro, dont il fut, à l'automne dernier, limogé du poste d'entraineur.


C'est une belle fin. D'abord, c'était un match assez plein. Quand on arrive aussi prés du but, il s'agit de ne pas se manquer. Je crois que c'est un bel aboutissement pour cette équipe, une équipe qui avait, à mon sens, pris naissance surtout pendant la tournée d'été de juin 2001. Je crois que Bernard Laporte, avec son sens rénovateur, a su briser les carcans rituels, en laissant notamment quelques anciens au repos, et en essayant d'inclure quelques nouveaux joueurs.

A partir de là, il y a eù dans cette équipe, une trés belle dynamique, et cette tournée s'était bien passé, même s'il y a eù deux défaites (en Nouvelle Zélande et en Afrique du Sud). Afrique du Sud où il y a eù une victoire néanmoins.

Il y a eu un deuxième lancement en novembre, et les Francais ont parfaitement réussi, grâce justement à l'apport de jeunes joueurs une trés belle trilogie.

Il y a dans cette équipe un trés bel amalgame de joueurs expérimentés qui apportent leur savoir-faire et leur expérience, et de jeunes joueurs qui apportent leur fraicheur et leur enthousiasme. Tout ca amène aujourd'hui, dans le tournoi, une belle récompense pour ce groupe, qui est maintenant invaincu depuis huit matches.

Tout ce groupe est emmené de main de maitre par un beau capitaine, un trés bon leader de jeu, capitaine des hommes, capitaine du jeu, et cela amené une belle réussite à cette équipe.

Je pense qu'il y a de bons assemblages dans cette équipe: C'est une équipe qui a un trés bon aliage...Outre l'alliage des anciens et des jeunes, il y a l'alliage des cultures, puisqu'il y a quand-même un joueur d'origine sud-africaine, Pieter de Villiers, même si on le sent aujourd'hui trés Francais. Et puis il y a Tony Marsh, le Néo-Zélandais, qui apporte aussi sa culture. Ce qui fait un peu la singularité de cette équipe. Cela amène cette équipe à avoir aujourd'hui un trés bon niveau.

Ce qui est interessant, c'est que c'est une équipe qui a su monter en puissance dans ce tournoi: Aprés un départ moyen contre l'Italie, il a fallu gérer, comme c'est souvent le cas dans ces périodes, les péripéties du saucissonnage du championnat francais, et l'alternance entre des matches du championnat et des matches du tournoi. Ce n'est pas facile à gérer, ainsi que les hypothétiques blessures...

Malgré ces conditions qui ne sont pas toujours favorables, Bernard Laporte et son équipe ont su insuffler à ces joueurs un état d'esprit, cette "graine", cette capacité à terminer encore en force, avec encore plus de puissance qu'ils n'avaient débuté.

Quand on arrive dans un dernier match "qu'il ne faut pas perdre", on peut toujours être habité par cette peur qui risque de vous faire chuter. Au contraire, j'ai trouvé cette équipe pleine de sérénité, de confiance dans le début de match: On a d'ailleurs retrouvé cela dans le premier essai. Cet essai de Serge Betsen en est un peu le révélateur.

Cette équipe a d'abord sù assoir son jeu par les base fondamentales du jeu: D'abord la conquète: Une grosse mélée qui a mis la mélée irlandais au supplice. Une bonne conquète en touche: Ca aussi, c'est trés, trés important. Outre ses propres ballons, il y a eù des ballons pris à l'adversaire. Il y a également eû la récupération des ballons, avec, notamment, danc ce domaine, un Serge Betsen omniprésent, qui grapille des ballons dans les secteurs plaqueur-plaqué.

Et puis, aprés, il y a eu, dans le sens du jeu d'aujourd'hui, une trés bonne défense: Outre la défense individuelle, il y a eû une trés belle défense collective, qui s'est d'ailleurs ponctuée par une trés bonne réorganisation défensive sur le terrain. Cet esprit défensif a mis constamment l'équipe d'Irlande sous la pression. Les deux joueurs les plus brillants de cette équipe, Keith Wood et Brian O'Driscoll, ont pu, par moment, sortir leur épingle du jeu, mais ce sont bien là les deux seuls irlandais qu'on ait vu dans ce match, ce qui prouve que les Francais exercaient une pression complète sur cette équipe.

A partir de ces bases là, un jeu de mouvement s'est dessiné, avec cinq essais, ce qui n'est pas rien. Avec un bel esprit offensif, pelin d'enthousiasme. C'est une équipe qui plait. C'est une équipe qui plait, bien entendu parce qu'elle gagne, mais elle plait aussi par le spectacle qu'elle génère.

Alors, il y a de la vie sur le terrain, il y a de la joie dans les tribunes. C'est une équipe dont les éléments se sentent bien entre eux, une équipe animée par une certaine vie, et je crois que ce qui est également important, c'est de savoir transmettre à l'extérieur. Cette équipe a su trés vite communier avec le public, ce qui fait sa force aujourd'hui.

Vu de l'extérieur, cette équipe me semble avoir du talent, du caractère. Elle est opiniatre parce qu'elle sait où elle veut aller, et on l'a bien senti: Il n'y a pas eû de moments faibles dans le match, mais il y a eu des moments ou il a fallu défendre sur la ligne. Notamment, avant la fin de la première mi-temps, on a vu, sur des ballons portés irlandais, une équipe de France qui s'est trouvé des ressources physiques et morales pour empécher l'adversaire de marquer.

Aujourd'hui, nous avons une équipe de caractère, de talent. Cette équipe s'est, depuis l'automne dernier, fabriqué un trés bel avenir...

Propos recueillis par téléphone par Philippe Morin, le dimanche 7 Avril 2002
Planète Rugby 2002.