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ANALYSE

08/04/01

Déroute à Twickenham.

Les bleus ont sombré au terme d'une fort jolie partie de rugby, samedi 7 avril 2001 à Twickenham.

6 essais à 1, le XV de la Rose n'a pas fait de détail contre des Français qui ont quand même posé la main sur la première mi-temps de façon à la fois surprenante, inattendue et agréable.

S'appuyant sur une paire de flankers à l'aise, et sur un Gérald Merceron en forme internationale, l'équipe de France est revenue de 10-0 à 10-10 en faisant reculer les Anglais sur quasiment toutes les actions. Impressionnants, les Bleus ? Ah, ça oui ! D'autant que l'impact défensif des Français faisait perdre la balle aux Blancs.

En somme, malgré un arbitrage vidéo qui a refusé à juste titre un essai à Christophe Dominici (qui aurait pu recentrer vers Garbajosa), la France a réussi à la mi-temps un authentique exploit : mener au score 16-13 sur la pelouse anglaise !!! Qui l'eut cru au vu du jeu pratiqué par les deux équipes dans ce tournoi. Des Anglais sûrs d'eux, au jeu quasi parfait dans tous les secteurs, y compris le spectacle, et des Français en reconstruction (je suis gentil, là), au jeu bafouillant, au manque de préparation flagrant et qui accumulent dramatiquement les blessés.

De quoi espérer, de quoi se prendre à rêver d'un autre exploit, 1 an et demi après celui de la Coupe du Monde contre les Blacks au même endroit. "Allez les Bleus !" chante à tue-tête le spectateur devant sa télé. Ils devaient nous battre, on mène !

Oui mais voilà, un match a deux mi-temps, et la seconde sera 100% anglaise. 4 minutes à peine après la reprise, un erreur d'inattention de la défense jusque là farouche et appliquée entraîne un essai. Ensuite se ne seront que vagues blanches sur vagues blanches, malgré quelques sursauts de Français dépassés par tant de vitesse, de fraicheur, de vista, de... flair !!!

Garbajosa nous refera le coup de l'orteil en touche pour ne pas marquer cet essai en coin au même endroit que Dominici, et ce sera la seule poussée d'espoir des Bleus. Ah, non, j'oublie De Viliers qui s'est un instant pris pour un ailier... Dépassés, trop statiques, et déboussolés par la sortie de sa tonique deuxième ligne, le XV de France sombra face à un adversaire au jeu rodé, trop physique et rapide pour des Bleus à court de forme.

Alors les Français retournent chez eux, les yeux fixés sur leurs lacets, mais incontestablement, on ne peut pas leur en vouloir. Ils ont livré leur meilleur match du tournoi, ils ont tout donné. Mais la machine s'est grippée à l'entrée d'Auradou et Lièvremont. Non qu'ils en soient responsables, mais il est incontestable que les événements ont coïncidé. Enfin comment tenir tête à une équipe pareille.

On se demande qui est la meilleure équipe au Monde ? Eh bien il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne pas voir que ses joueurs ont une Rose frappée sur la poitrine. Les Kiwis et les Wallabies peuvent trembler à l'idée de leurs prochaines rencontres avec ces Anglais-là.  Wilkinson le flamboyant, Dallaglio le Bulldozer, Greenwood le passe-muraille, entraînent leur collectif dans une quasi-perfection de rugby, et pendant 90 minutes s'il le faut. Physiques, robustes, rapides, les Anglais sont devenus au cours de ce Tournoi 2001 LA référence. Ce sont eux maintenant qui serviront de modèle.

Alors on peut pardonner aux Français, empêtrés dans leurs querelles liguo-fédérales. Mais on leur demandera à tous, joueurs, dirigeants, responsables, de leur donner la possibilité de se hisser plus longtemps qu'une mi-temps au niveau de ceux d'outre-Manche.

Un championnat de haut niveau et intéressant, des temps de récupération et de préparation physique et mentale, un calendrier cohérent, est-ce trop demander à des dirigeants qui depuis trop longtemps freinent l'essor de notre sport ?

Jacques Foury

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