IRLANDE - ANGLETERRE Accueil Six Nations

 

 

Le 20 Octobre 2001 - A Dublin - Lansdowne Road
IRLANDE 20 (11)
1E : Wood (17) ; 5P : Humphreys (11, 29, 48), O'Gara (59, 73)
ANGLETERRE 14 (6)
1E : Healey (76) ; 3P : Wilkinson (9, 40+1, 53)
Equipes :

Irlande: Dempsey - Maggs, O'Driscoll (Mullins 77), Horgan, Hickie - (o) Humphrey (O'Gara 58), (m) Stringer - Foley (Dawson 77), Miller, Wallace - O'Kelly, Galwey (Brennan 66) - Hayes, Wood (cap), Clohessy (Byrne 66)

Angleterre : Balshaw - Luger (Healey 60), Greenwood, Catt, Robinson - (o) Wilkinson, (m) Dawson (cap) (Bracken 37) - Back, Hill, Corry (Moody 75) - Grewcock, Shaw - White (Rowntree 75), Greening (West 41), Leonard

Arbitre : Paul Honiss (Nzl)

 

ANALYSE
God saves the Greens !

Voilà, jamais deux sans trois, pour la troisième fois d'affilée l'Angleterre laisse échapper un Grand Chelem dans le dernier match après avoir outrageusement dominé le Tournoi. Après Galles, après l'Ecosse, ce sont les Verts d'Irlande qui s'y sont collés. Et ils y ont mis du coeur à l'ouvrage pour battre l'ennemi anglais, soutenu par un public qui n'attendait que la victoire, le Quinze du Trèfle a jeté sur le pré toutes ses forces. Et au bout d'un match superbe, l'Irlande a bien mérité sa victoire, même si il est vrai qu'elle n'a tenu qu'un un fil, quelques en-avants anglais devant la ligne, quelques fautes anglaises toujours devant la ligne, ou ce sauvetage miraculeux de Stringer sur Luger.

C'est bien pour ce match que l'on a vraiment retrouvé le goût du Tournoi, un goût un peu fade pour les deux premiers match de l'automne. Mais ce match, c'était la rencontre de deux ennemis de toujours, et représentait le match au sommet du Tournoi, une petite finale. Petite, parce que les Anglais étaient assurés de la victoire finale, mais les Irlandais avaient à coeur de battre l'Angleterre et de l'empécher de réaliser le Grand Chelem. Et dans ce contexte, Lansdowne Road était bien sur comble, tout en vert et tous avec les verts. On retrouve la vrai ferveur du Tournoi, avec, c'est assez rare pour le signaler, une météo qui s'accorde à l'évènement et un temps sec sur Dublin.

L'entrée de match est pourtant à l'avantage des anglais. Une échapée de Greening à la septième minute, puis une de Catt à la neuvième, mais déjà les Irlandais montrent ce qu'ils montreront durant tout le match : une défense acharné, des placages retentissants, et même si l'Anglais perce le premier rideau, il y a toujours un vert pour stopper net son élan. Si bien que sur ce début fort des Anglais, ceux-ci ne marquent que trois points par Wilkinson. Mais en cette première mi-temps, les Anglais ont laissé passer leur chance, désormais on ne verra plus que du vert. C'est d'abord Humphreys qui contre un dégagement de Wilkinson, qui oblige Balshaw a sauver l'essai en faisant faute, et qui égalise. A la 17ième minute, sur une pénalité facile pour Humphreys, les Irlandais tapent en touche. Ils se sentent capables de marquer après une nette domination, et ils ont raison. Sur une combinaison limpide après la touche, c'est le talonneur Wood qui aplatit. De la 10ième à la 40ième minute, l'Irlande domine, mais après l'essai de Wood ils ne marqueront plus qu'une pénalité. Une pénalité annulé part une autre de Wilkinson en toute fin de mi-temps, sur l'une des très rares incursions anglaise en terre Irlandaise. A la mi-temps le score est de 11 à 6, et les Anglais s'en sortent plutôt bien. D'autant que juste avant la pause, le capitaine et demi de mélée Dawson se blesse et est remplacé par Bracken. Avec les absences de Martin Johnson et Lawrence Dallaglio, c'est trois piliers de l'équipe de Clive Woodward qui vont manquer pour la fin du match, et cela commence à faire beaucoup. Les Anglais ont sutout péché en touche pendant les 40 prmeières minutes, mais le remplacement de Greening (coupable de lancers pour le moins imprécis) par West à la mi-temps améliorera cette phase de conquète, sans que ce soit la grande sérénité dans l'alignement anglais. Et si les Irlandais profiteront à plein de leur domination en touche, avec aussi un O'Kelly impérial, les Anglais qui eux dominent en mélée ne réussiront pas à réellement transformer cette domination en bonus net pour la conquète ou les lancements de jeu.

Les 10 premières minutes de la seconde mi-temps voient de nouveau les Irlandais en verve. Ils attaquent sans arrêt, enchaînant les temps de jeu, relançant tout. Et c'est après plusieurs temps de jeu devant la ligne anglaise, et que l'on est proche de l'essai, que le flanker Miller fait faute, et permet aux Anglais de se dégager. Mais ils n'ont pas le temps de souffler, et sur une très belle relance verte de 60 mètres, impliquant avants (dont Wood bien sur) et arrières, les Anglais en difficulté concèdent une pénalité. Humpheys transforme. C'est alors que les Anglais se reprennent, et font le forcing. En 5 minutes ils auraient pu changer la face du match : d'abord sur trois points de Wilkinson (14-9 alors), puis à la 55ième minute lorsque Luger part de son camp sur son aile, et passe en revue toute la défense verte. Pour une fois les Irlandais ne peuvent stopper un Anglais, et Luger est à 15 mètres des buts, lancé et sans opposition, il entend presque le soupir de détresse du public, et voit déjà le retour de l'Angleterre et le Grand Chelem. Quand soudain il s'ecroule, cueilli par une cuillère miraculeuse de Stringer, que Luger avait battu à la course depuis longtemps, et qui ne se souvenait même plus du petit homme vert. Il tente de se relever pour faire les derniers mètres, mais c'est fini, trois Irlandais sont revenus et l'écrase à terre. C'est la plus belle chance que la Rose vient de laisser passer. Mais après une pénalité de O'Gara, sur l'une des rares incursions verte de l'autre côté de la ligne médiane, les Anglais vont en gâcher eux-mêmes quelques autres : après 60 mètres de relance et plusieurs temps de jeu, un en-avant empèche l'essai (64ième minute). Cinq minutes plus tard ils échouent d'un rien devant la ligne verte. Puis les Irlandais, plus réalistes, sur une nouvelle petite incursion marque à nouveau trois points sur une faute de Robinson après une tentative de contre anglais. 20-9 alors, on se dit que le match est plié. Mais dans la minute suivante, Robinson (par ailleurs auteur d'un très bon match pour sa première titularisation) se rattrape et perce la défense verte pour se retrouver à 10 mètres de la ligne. S'en suivent deux minutes de folie, ou les Anglais ne décolleront pas des 20 mètres Irlandais, enchaînant à un rythme fou les temps de jeu, tandis que les Irlandais plaquent et défendent comme des chiens enragés sous les hurlements de tout le stade. Mais c'est Healey qui met fin à leur résistance et qui aplatit en coin. 20-14, l'Angleterre revient à un essai transformé du Grand Chelem, il reste quatre minutes à jouer. Et les Irlandais jouent le jeu, n'hésitant pas à élargir des ballons plutôt que de taper au loin. Les Anglais reviennent cependant près de la ligne, et de la 80 à la 83ième minute de jeu, c'est toute l'Irlande qui voit les vagues anglaises déferler de nouveau sur le rocher vert. Mais cette fois-ci le rocher restera impénétrable, et l'arbitre siffle la fin du match dans une ambiance.......

Dix minutes après, on peut voir le vainqueur du Tournoi 2001, l'Angleterre, recevoir tristement sa coupe tandis que le second de la compétition partage son bonheur avec son public. Contraste et paradoxe. Mais il est probable que dans quelques jours, l'Irlande se mette à repenser à cette tragique après-midi en Ecosse, ou pouir un match raté, l'Irlande rate le second Grand Chelem de son Histoire, après 1948. Quant à l'Angleterre, elle montre une nouvelle fois qu'elle n'est pas invincible, comme Galles et Ecosse l'avaient déjà démontrés. SI le match s'était tenu à la date prévu, en hiver, qu'elle aurait été le résultat : les Anglais étaient en pleine forme, tandis que là il jouaient leur premier match international de la saison, contre trois pour les Irlandais, et Johnson et dallaglio auraient été là. Mais personne ne saura jamais répondre à cette question, et finalement un simple petit virus agressif pour les bètes aura permis au rugby de s'offrir une finale de toute beauté pour ce Tournoi 2001, montrant un jeu qui n'a certainement rien à envier à l'hémisphère sud, et une équipe d'Irlande qui avait émerger l'année dernière, et qui confirme largement cette année. Ils faudra désormais compter avec les Verts, et il semble que pour l'année prochaine il serait temps de les considérer comme l'adversaire numéro 1 des Anglais, au détriment des Français qui ont perdu ce titre après deux Tournoi ratés.

Frederic Gressent