Par Yannick Dubois, 5 octobre 2000 To be or not to be... Et voilà, c'est reparti pour un tour ! La sixième édition de la Coupe d'Europe débute le premier week-end d'octobre et nous tiendra en haleine pendant tous le mois pour un premier bloc de quatre rencontres avant de revenir en janvier pour un nouvelle série de trois matches, dont les quarts de finale alors que les demi-finales et la finale se dérouleront au printemps. La Heineken Cup - c'est son petit nom - est toujours saucissonnée mais, cette fois-ci, les tranches sont bien plus épaisses ;-) Cette modification du calendrier devrait - enfin - améliorer la lisibilité de l'épreuve. La Coupe d'Europe est devenue la compétition-phare du rugby de clubs et de provinces de l'hémisphère Nord. Si pour l'instant, ce n'est que partiellement vrai au niveau sportif, c'est en revanche une implacable réalité au niveau financier. " En être ou ne pas en être, telle est la question " qui, chaque année, hante nombre de grosses écuries françaises, tant il est vrai qu'une participation à cette épreuve accroît considérablement les ressources d'un club : ses ressources financières (variable selon les clubs mais on approche les 5 MF !) bien sur mais aussi par rebond, ses ressources humaines. Il suffit d'ailleurs de constater que la plupart des mutations / transferts d'internationaux se sont opérées vers des clubs européens : les frères Lièvremont vers Biarritz, Ibanez et Costes à Castres ou encore Dal Maso, Mallier et Carbonneau du côte de Pau. Coté joueur, selon les vux de Bernard Laporte, " en être ou ne pas en être " aura également son importance en vue d'intégrer le squad du XV de France pour les tests de l'automne. Si cette situation perdure, le risque de voir nos internationaux se transformer en globe-trotter du rugby hexagonal, rebondissant de club en club au gré des qualifications européennes des dits clubs, est bien réel. Seul l'avenir dira si je fais preuve d'un excès de pessimisme quant à l'évolution de notre rugby de club. Ils sont venus, ils sont (presque) tous là... Comme la saison dernière, on retrouve sur la ligne de départ vingt-quatre équipes (six anglaises, six françaises, cinq galloises, trois irlandaises, deux écossaises et deux italiennes) pour cette édition 2000-2001. Parmi les engagés, citons les vieux routiers de la Coupe d'Europe que sont le Stade Toulousain et l'équipe galloise de Pontypridd, seuls clubs européens à avoir participé à toutes les éditions avec les trois principales provinces irlandaises (Munster, Leinster et Ulster). Pour leur part, Cardiff et Llanelli en sont à leur cinquième participation alors que du côté des clubs tricolores, le Stade Français et Colomiers y prennent part pour la troisième fois consécutive, qu'il s'agit d'un retour pour Castres qui a participé à la première édition (en 1995-96) et pour Pau, demi-finaliste en 1997-98. En revanche, Biarritz honorera sa première participation tout comme Gloucester (Angleterre), Newport (Galles), Rome et L'Aquila (Italie). Parmi les non-qualifiés, l' absence la plus remarquée est sans nul doute celle de Brive, Champion d'Europe en 1996-97 et finaliste l'année suivante. Parmi les autres absences notable, constatons celles inédites des Harlequins (Angleterre - 3 participations sur 3 possibles) et des Italiens de Trévise (5 sur 5) ou encore celle de Neath (3 participations en cinq ans). Côté tricolores, outre Brive, on relèvera principalement les absences de Montferrand et d'Agen, deux des plus gros budgets (et effectifs) de notre championnat. Le mode d'emploi Les 24 équipes sont réparties en 6 poules de 4. Le premier de chacune de ces six poules et les deux meilleurs deuxièmes accèderont aux quarts de finale, lesquels se dérouleront sur le terrain des clubs les mieux classés. Un avantage indéniable comme l'ont démontré les deux dernières éditions où aucune équipes ne s'est imposés à l'extérieur à ce stade de la compétition. Comme l'an dernier, les demi-finales et la finale devraient se dérouler sur terrain " neutre " mais pas forcément dans un pays neutre. Pour départager les équipes au
sein d'une même poule, on fera appel - un peu comme
dans le championnat de France - au goal-average
particulier entre les clubs ex-æquo.
L'ordre des critères n'est cependant pas le même :
l'ERC privilégie, dans l'ordre : Par contre, pour départager les meilleurs deuxièmes, le système choisi est le même que durant la Coupe du Monde 1999, càd dans l'ordre : les nombre de points puis le nombres d'essai marqués. Je vous ferai grâce des autres subtilités mais signalerai cependant le manque d'équité qu'entraîne ce système puisqu'il favorise les groupes déséquilibrés (avec une ou deux équipes très faibles) aux dépens des groupes homogènes (avec trois voire quatre équipe de premier plan). Les forces en présence Depuis le retour des clubs anglais, le principal écueil pour nos clubs vient de nos voisins d'outre Manche. En trois participations, les Anglais ont obtenu deux titres et une place de finaliste tandis que nos représentants obtenaient également deux titres en plus de deux places de finalistes mais en cinq participations ! En grattant un peu, on s'aperçoit que lors des trois éditions où la participation était complète, nos clubs n'ont obtenu qu'un titre et une place de finaliste, les deux fois grâce aux Brivistes ! Pour être complet, signalons que les clubs anglais ont repris leur championnat depuis un mois et demi, et qu'ils ont déjà disputé huit ( !) journées de championnat, ce qui pourraient se traduire par un léger avantage au niveau de la préparation. Point de défaitisme pour autant ! Mais il s'agit de bien mesurer l'ampleur de la tâche qui attend les clubs de l'hexagone : reconquérir le titre européen qui leur échappe depuis maintenant 3 ans. Loin de résumer au simple duel franco-anglais, la Coupe d'Europe a vu l'émergence ces deux dernières années des provinces irlandaises (un titre, une finale) tout en confirmant la solidité du rugby de club gallois qui place chaque année deux des siens en quart de finale. (voir notre bilan 1999-2000). En revanche, la première qualification pour les phases finales d'une formation écossaise est hautement improbable tandis que celle d'une deux équipes transalpines semble inconcevable.
Les chances de uns et des autres Voyons cela dans le détail : Poule 1 : Biarritz, Northampton (Ang), Leinster (Irl), Edinburgh Reivers (Eco). La course à la première place devrait se limiter à un duel tout en puissance entre Northampton et Biarritz, avec probablement le Leinster en arbitre. Le club d'Olivier Brouzet, Champion d'Europe en titre, est à la peine en ce début de saison mais il semble remonter quelque peu la pente alors que les Basques, vainqueurs de la dernière Coupe de France, sont en phase ascendante comme le confirme un début de championnat réussi. La rencontre entre ces deux formations à Aguilera lors de la journée initiale sera riche d'enseignement. Les Irlandais du Leinster, qui ont réussi à conserver leur star Brian O'Driscoll, sont toujours difficiles à manuvrer à domicile et devraient s'ériger en arbitre du duel franco-anglais. Les chances écossaises en revanche apparaissent bien faibles pour ne part dire nulles. La cote PR : Northampton 50 %, Biarritz 40 %, Leinster 10 %, Edinburgh Reivers 0,000 01 %
Cette poule devrait également se résumer à un duel capital(e) entre les équipes londoniennes et parisiennes. Sur ce qu'il nous a montré depuis le début de saison, le Stade Français fait néanmoins figure d'épouvantail, y compris pour les bookmakers anglais qui réajustent la cote de l'équipe parisienne chaque semaine ! Il est vrai que le titre européen est l'objectif avoué du club de Max Guazzini. Méfiance toutefois avec la solide formation anglaise des Wasps toujours emmenée par l'emblématique Lawrence Dallaglio. Quart de finaliste malheureux l'an dernier, le club londonien possède une expérience européenne qui plaide en sa faveur même si un début de championnat inégal tempère quelques peu les pronostics. Les Gallois de Swansea, décevants la saison dernière malgré un effectif de premier plan, auront du mal à rivaliser face à la puissance du duo franco-anglais. Le début de saison des All Whites gallois n'incitant pas à l'optimisme. Quant à l'équipe de L'Aquila, finaliste surprise du dernier championnat italien, elle fait office de petit poucet de la compétition et risque de connaître un bizutage assez rude à Jean Bouin dès la première journée.De cette poule pourrait bien sortir un des deux meilleurs seconds qualifiés pour les quarts de finale. La cote PR : Stade Français 65 % Wasps 30 % Swansea 5 %, avec Wasps meilleur second.
Incontestablement la poule la plus relevée avec deux anciens Champions d'Europe (Toulouse en 96 et l'Ulster en 99), le Champion du Pays de Galles et l'actuel leader du championnat anglais ! Ce sera également l'occasion d'évoquer quelques souvenirs pour les Toulousains avec une visite à Cardiff pour le remake de leur finale victorieuse face au club local, un déplacement au Ravenhill de Belfast pour effacer la terrible déception née de l'élimination en quart de finale face à l'Ulster il y a deux ans et pour finir la séquence nostalgie, le retour de Thomas Castaignède à la tête des Saracens. Si l'Ulster semble en retrait, la bataille va faire rage entre les trois autres formations et il est difficile de départager qui de l'ogre toulousain, des ambitieux Saracens (leader du championnat, plus gros budget anglais) ou du prestigieux club gallois regorgeant d'internationaux va sortir de cette poule. Tout au plus peut-on accorder un petit avantage aux Toulousains en regard de leur expérience dans cette épreuve. L'absence de match facile rend peu probable la qualification du deuxième de cette poule au titre de meilleur second. Regrettable vu le niveau supposé des équipes. La cote PR : Toulouse 40 %, Saracens 35 %, Cardiff 20 %, Ulster 5 %.
Le Castres Olympiques aura bien du mérite à terminer premier d'une poule homogène et relevée, avec la présence de trois des quatre meilleurs équipes européennes de l'année écoulée selon le précieux classement Inforugby. Champion d'Europe en 1998, victorieux à Toulouse l'an dernier, le prestigieux club anglais de Bath apparaît comme le principal favori de ce groupe, bien que les récents résultats enregistrés en championnat ne plaident pas en sa faveur. Mais le potentiel et l'expérience sont là. Ces qualificatifs peuvent tout aussi bien s'appliquer au Munster, le finaliste malheureuse de la dernière édition. A l'exception de Keith Wood, la formation irlandaise a pu conserver l'intégralité de son effectif. Homogénéité garantie ! Les Irlandais viennent d'ailleurs de remporter leur troisième titre consécutif en Irlande et reste sur une série, toutes compétitions confondues, de 18 victoires lors des 20 derniers matches ! Dans un match à enjeu, seul Northampton, en finale de Coupe d'Europe, a battu le Munster lors des quinze derniers mois ! D'une moindre notoriété ce côté du Channel et néophyte de la compétition, Newport ne devrait cependant pas être un oiseau pour le(s) chat(s). Deuxième de la ligue celte, l'ambitieux club gallois possède une très solide légion " sudiste " et une étonnante cote d'amour chez les bookmakers londoniens ! Méfiance, donc. L'homogénéité des forces en présence exclu presque à coup sur la qualification du deuxième de cette poule. Vraiment, ce système de qualification des meilleurs seconds est une parfaite aberration en totale contradiction avec la logique sportive et mathématique. La cote PR : Bath 35 %, Munster 30 %, Castres 25 %, Newport 10 %
Ce n'est peut-être pas la poule la plus excitante ni même la plus relevée mais méfions nous toutefois des idées préconçues tant ces formations ont tout de " vrai-faux " petits. A priori, on devrait se diriger vers un match à trois, le champion d'Italie ne paraissant pas capable de se mêler à la lutte pour la qualification. Vice Champion de France et finaliste de la CE en 1999, Colomiers aura fort à faire face au duo anglo-gallois. Une préparation retardée, un niveau de jeu incertain et un effectif pas franchement pléthorique incite plus à la prudence qu'à l'optimisme béat. Les deux premières rencontres seront déterminantes pour la suite de la compétition. Demi-finalistes l'an dernier (battus à la dernière minute par Northampton), les Gallois de Llanelli se posent comme les principaux adversaires des haut-garonnais. Véritable spécialiste de l'épreuve européenne - quatre participations pour autant de qualifications pour les phases finales ! - les Scarlets montent en puissance après un début de saison plus que poussif et semblent prêt à relever leur ambitieux objectif : faire aussi bien, sinon mieux, que l'an dernier. Gloucester, le dernier candidat à la qualification, est plus difficile à cerner. La plus francophone des équipes anglaises semble en retrait par rapport à l'automne dernier, victime de nombreuses absences (blessures, suspensions ), malgré une flatteuse cinquième place en championnat après des débuts ratés. Rome, le club qui monte dans la péninsule, n'aura d'autres ambitions que de découvrir honorablement le haut niveau en évitant de terminer fanny. La cote PR : Llanelli 45 %, Gloucester 30 %, Colomiers 25 %.
Double champion d'Angleterre en titre, Leicester fait figure de grand favori dans ce groupe, à priori le plus faible des six. Les Tigres auront à cur de répondre aux critiques acerbes qu'ils ont reçu l'an dernier à l'issue des matches de poule lorsqu'ils furent soupçonnés - à juste titre - d'avoir " balancé " les dernières rencontres. Shocking ! En dépit d'un début de championnat très en deçà des prévisions, Pau devrait être le seul véritable adversaire dans la lutte pour la première place tant il apparaît ni les Caledonians, ni Pontypridd - en chute libre - n'ont les moyens d'inquiéter le duo franco-anglais. Ce déséquilibre apparent devrait favoriser la qualification dans cette poule de l'un des deux meilleurs deuxièmes pour les quarts de finale. La cote PR : Leicester 55 %, Pau 40 %, Glasgow Caledonians 4 %, Pontypridd 1 % avec Pau meilleur second.
En fonction de ces prévisions, nous devrions retrouver en phases finales 3 clubs français (Stade Français, Toulouse et Pau, 4 Anglais (Northampton, Wasps, Bath et Leicester) et 1 gallois (Llanelli). Mais il ne s'agit ici que d'hypothétiques pronostics dont la perspicacité risque d'être mis à mal par la réalité du terrain ! Cependant, je ne suis pas le seul à me mouiller puisque Franck Gonzales, avec un certain réalisme, fait de même sur Inforugby et Nicolas Lavallé, dans un registre nettement plus cocardier, fait de même sur Rugby365. En ce qui concerne la presse écrite, l'Equipe ne s'est pas encore prononcé et le Midol n'est pas, à mon humble avis, une référence au niveau international. En revanche, les bookmakers londoniens paraissent plus fiable (hé ! hé ! dès qu'il s'agit d'argent ;-!) : sans surprise, Toulouse et Leicester (7/1) viennent en tête, suivis de près par le Stade Français (8/1, en hausse) Northampton (10/1, en baisse), Saracens (11/1) et Llanelli (12/1. Les autres clubs français sont un peu moins bien cotés : Biarritz (14/1), Castres (16/1) et Colomiers (25/1) mais ce n'est rien à coté de la cote de L'Aquila : 500/1 ! Avis aux amateurs |