Planete Rugby: Quels sont votre meilleur
et votre pire souvenir de match ?
Jean-Pierre Garuet: Le
premier, c'était le 15 novembre 1986 à Nantes, quant on
avait battu les Blacks (16 à 3), et vraiment, c'était
quelquechose, parce qu'on les bat une fois tous les dix
ans, et je crois qu'en presque cent ans, on les a battus
dix fois seulement !
Quant au pire, bien sûr, j'évoquerai le 21 janvier 84:
(Ndlr:
Ce jour là, Jean Pierre Garuet fait ses débuts en
Tournoi des cinq Nations pendant le match France-Irlande
au Parc des Princes, et rentre comme remplacant de Robert
Paparemborde. Une heure aprés, il est expulsé pour un
mauvais geste qui lui est indument attribué. Le président
de la FFR, Albet Ferrasse le traitera, au banquet d'aprés-match,
d'imbécile. JP Garuet encaisse sans broncher, mais il
croit sa carrière internationale terminée. Quelques
mois plus tard, il sera de la tournée en Nouvelle Zélande.
Une réhabilitation qu'il vivra comme une résurrection).
En une heure, j'ai connu l'extreme ! C'était la fierté
de toucher au rève d'enfance, c'est à dire d'être
dans le XV de France pour le tournoi des cinq nations, et
en plus, contre l'irlande où jouait le meilleur pilier
de l"époque, qui était Phil Orr.
Le témoin m'avait été passé par Robert Paparemborde
qui était venu spécialement pour cette "passation
de pouvoir", en me disant d'être trés vigilant vis
à vis de ce gars là, parce que c'était un hercule à
traiter comme un hercule. Je me rappellerai toujours,
quand Robert est venu me voir au chateau de la Voisine
pour m'avertir: Il m'a dit: "fais trés attention,
il faut le traiter à l'ancienne, parce qu'il pousse de
travers, et puis, il est tellement gaillard qu'il
pourrait t'esquinter..".
Donc, pendant une heure, ca a été du travail à
l'ancienne, beaucoup de travail de mélée fermée et,
comme on dit, à basse altitude...et sans tomber ! Ca a
été, pour moi, en terme de valeur de jeu de
première ligne, l'un des plus beaux matches,
parce que, face à un gaillard comme Phil Orr, être
obligé de faire de l'usure, de l'usure, et ne jamais
craquer jusqu'à, au bout d'une heure de jeu, le voir
"monter", comme on dit chez nous...le decoller.
Bon, les prises de vues de l'époque n'étaient peut-être
pas ce qu'elles sont de nos jours, mais ça a son
avantage aussi, parce que, quand éclate la bagarre cinq
minutes aprés, et qu'on me sort...Quand on a essayé de
revoir un peu le film, ca a été un peu un flou, et peut-être
aussi que ca m'a servi...Enfin, ca m'a servi: Oui et non,
parce que j'ai chargé, quand même...
Mais prendre le dessus (pour moi, Robert Paparemborde était
un mythe, et c'était vraiment le meilleur de l'époque).
Et voir que Robert patinait devant cet irlandais, et
parvenir, quant à moi, à prendre le dessus, c'était
quelquechose ! Comme quoi, un homme averti en vaut deux.
Et ca, pour un pilier, c'est connaître le top !
Et cinq minutes aprés, se faire sortir par l'arbitre, c'était
vraiment le coup d'assommoir...tout en se disant: "Voila,
c'est fini, je ne reviendrai plus en équipe de France".
C'était mon premier match du tournoi, et je me suis dit:
"Ca y est, je suis cuit! C'est mon jour de gloire,
et c'est mon jour de désespoir".
Mais je me suis dit: "je suis de Lourdes, alors...".
Je fais partie des chanceux, quoi ! J'ai été récupéré,
par honneteté, car j'avais déjà dix ans de carrière
derrière moi à ce moment là, et je n'ai jamais eû de
problême ni d'antécédents: Mon casier
judiciaire du Rugby était vierge. Et en faisant
une enquète (car il y a eû enquete), ils se sont rendus
compte que le mal ne venait pas de moi. Et c'est là
aussi l'interêt de la vidéo...Parce que dans cette
bagarre, on était cinq contre cinq...et c'est arrivé !
C'est comme ca ! J'ai payé sans rien dire, parce qu'
"il fallait le faire", et j'ai été rehabilité.
Je suis revenu en tournée en Nouvelle Zélande, et c'était
fantastique...
Dans les six premiers mois de l'année, j'ai connu la
catastrophe, et debut juin, je pars en tournée en
Nouvelle Zelande, qui est le grand pays du Rugby. C'était
un rêve, et je repartais à toucher ce beau rêve.
Propos recueillis par Philippe Morin
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