Les interviews Planète Rugby


Jean-Pierre GARUET

"en une heure, j'ai connu l'extrème"

6 Juin 2001, 18h45, Lourdes (65) - Paris (75)



Planete Rugby: Quels sont votre meilleur et votre pire souvenir de match ?

Jean-Pierre Garuet: Le premier, c'était le 15 novembre 1986 à Nantes, quant on avait battu les Blacks (16 à 3), et vraiment, c'était quelquechose, parce qu'on les bat une fois tous les dix ans, et je crois qu'en presque cent ans, on les a battus dix fois seulement !

Quant au pire, bien sûr, j'évoquerai le 21 janvier 84:

(Ndlr: Ce jour là, Jean Pierre Garuet fait ses débuts en Tournoi des cinq Nations pendant le match France-Irlande au Parc des Princes, et rentre comme remplacant de Robert Paparemborde. Une heure aprés, il est expulsé pour un mauvais geste qui lui est indument attribué. Le président de la FFR, Albet Ferrasse le traitera, au banquet d'aprés-match, d'imbécile. JP Garuet encaisse sans broncher, mais il croit sa carrière internationale terminée. Quelques mois plus tard, il sera de la tournée en Nouvelle Zélande. Une réhabilitation qu'il vivra comme une résurrection).

En une heure, j'ai connu l'extreme ! C'était la fierté de toucher au rève d'enfance, c'est à dire d'être dans le XV de France pour le tournoi des cinq nations, et en plus, contre l'irlande où jouait le meilleur pilier de l"époque, qui était Phil Orr.
Le témoin m'avait été passé par Robert Paparemborde qui était venu spécialement pour cette "passation de pouvoir", en me disant d'être trés vigilant vis à vis de ce gars là, parce que c'était un hercule à traiter comme un hercule. Je me rappellerai toujours, quand Robert est venu me voir au chateau de la Voisine pour m'avertir: Il m'a dit: "fais trés attention, il faut le traiter à l'ancienne, parce qu'il pousse de travers, et puis, il est tellement gaillard qu'il pourrait t'esquinter..".

Donc, pendant une heure, ca a été du travail à l'ancienne, beaucoup de travail de mélée fermée et, comme on dit, à basse altitude...et sans tomber ! Ca a été, pour moi, en terme de valeur de jeu de première ligne, l'un des plus beaux matches, parce que, face à un gaillard comme Phil Orr, être obligé de faire de l'usure, de l'usure, et ne jamais craquer jusqu'à, au bout d'une heure de jeu, le voir "monter", comme on dit chez nous...le decoller.

Bon, les prises de vues de l'époque n'étaient peut-être pas ce qu'elles sont de nos jours, mais ça a son avantage aussi, parce que, quand éclate la bagarre cinq minutes aprés, et qu'on me sort...Quand on a essayé de revoir un peu le film, ca a été un peu un flou, et peut-être aussi que ca m'a servi...Enfin, ca m'a servi: Oui et non, parce que j'ai chargé, quand même...

Mais prendre le dessus (pour moi, Robert Paparemborde était un mythe, et c'était vraiment le meilleur de l'époque). Et voir que Robert patinait devant cet irlandais, et parvenir, quant à moi, à prendre le dessus, c'était quelquechose ! Comme quoi, un homme averti en vaut deux. Et ca, pour un pilier, c'est connaître le top !

Et cinq minutes aprés, se faire sortir par l'arbitre, c'était vraiment le coup d'assommoir...tout en se disant: "Voila, c'est fini, je ne reviendrai plus en équipe de France". C'était mon premier match du tournoi, et je me suis dit: "Ca y est, je suis cuit! C'est mon jour de gloire, et c'est mon jour de désespoir".

Mais je me suis dit: "je suis de Lourdes, alors...". Je fais partie des chanceux, quoi ! J'ai été récupéré, par honneteté, car j'avais déjà dix ans de carrière derrière moi à ce moment là, et je n'ai jamais eû de problême ni d'antécédents: Mon casier judiciaire du Rugby était vierge. Et en faisant une enquète (car il y a eû enquete), ils se sont rendus compte que le mal ne venait pas de moi. Et c'est là aussi l'interêt de la vidéo...Parce que dans cette bagarre, on était cinq contre cinq...et c'est arrivé ! C'est comme ca ! J'ai payé sans rien dire, parce qu' "il fallait le faire", et j'ai été rehabilité. Je suis revenu en tournée en Nouvelle Zélande, et c'était fantastique...

Dans les six premiers mois de l'année, j'ai connu la catastrophe, et debut juin, je pars en tournée en Nouvelle Zelande, qui est le grand pays du Rugby. C'était un rêve, et je repartais à toucher ce beau rêve.

Propos recueillis par
Philippe Morin


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