Les interviews Planète Rugby


Jean-Pierre GARUET

"les bons joueurs, il faut les fabriquer "

6 Juin 2001, 18h45, Lourdes (65) - Paris (75)



Planete Rugby: Avez-vous une explication quant au recrutement massif, en Division 1, de joueurs de première ligne issus d'Argentine ou d'Italie ? Est-ce un problême de formation ?

Jean-Pierre Garuet: Ne deconnons pas...Avant, on les jouait, on les tordait, alors, pourquoi du jour au lendemain...

Eh bien on a pensé: Il faut un rugby de mouvement, on a fait faire des sprints à des piliers...Car, enfin, il y a des hommes costauds, en France ! Mais le souci, c'était de leur faire perdre du poids.

Vous savez, les piliers...quand je les voyais avec des tailles de guepes, je me disais: "C'est bon". Ils avaient des biscotos, à cinquante...ils ne me faisaient pas peur.
Tandis que quand je les voyais un peu enrobés, aussi gaillards en haut qu'en bas, à hauteur de hanches et des reins...
A La Rochelle, il y avait Lescamel...moi aussi, j'ai toujours un peu de gras autour, mais au milieu, il y avait "les deux longerons", comme on dit chez nous...Mais ca, ca ne vient pas en fumant la cigarette...

Quand je vois qu'on va chercher des piliers Argentins...Ils ont raison, ces gars ! Prenez un gars de 20 ans, faites lui faire un ou deux ans de muscu, il ressort dans deux ans, et on le met sur le marché du Rugby, et il va jouer pilier droit et il va mieux gagner sa vie qu'en faisant des années de fac de droit ...

Hasan, à Agen, par exemple...Je me rappelle Gimbert, à un certain moment, il a quitté son travail, il a été dans une salle de muscu, il a pris dix kilos... C'est comme un buteur: Vous le mettez matin et soir à buter, et il va se faire des c...illes en or !

En pilier, c'est pareil. Moi, j'avais compris celà, à mon époque...Je n'ai jamais été un surhomme. On m'a retourné et je suis parti sur le cul comme tout le monde (ca ne m'est pas arrivé souvent (rires)). Aprés j'avais compris la leçon. Et je l'ai récité quelques fois !

Sans être un super crack...mais pour la santé !

Maintenant, je me demande: Ou sont les beaux batis qu'il y avait ? Les gars arrivaient tout neufs...et c'étaient des caisses, des athlètes ! Ou vont-ils ? Au judo ? où ?

Et au Rugby, actuellement, on pense à beaucoup de conneries, mais ne pourrait-on pas penser à donner envie à des jeunes de se muscler, de faire des beaux mecs ?

Moi, je suis sorti de l'anonymat grâce à ça ! Sinon, je serais resté un bon petit joueur de club, point ! Ca m'a permis de rejoindre l'équipe de France, et de retourner chez eux les gros monstres sud-africains...des gars de 130 à 140 kg. Et j'y suis arrivé, avec ce travail.

A Lourdes, en tant qu'adjoint au sport, j'ai fait une salle de sport et une salle de muscu...Il y a tout le materiel ! Et c'est vrai que c'est dûr, d'arriver à motiver les jeunes pour qu'ils s'en servent !

Si l'on impose pas un peu aux jeunes...Regardez, chez nous, il y a le GIGN: Ca n'existait pas, avant. Eh bien, on l'a fabriqué.
Eh bien, en Rugby, les bons joueurs, il faut les fabriquer !

Il faut donner envie aux jeunes. On essaye de faire des mecs qui ne s'esquintent pas trop, en les equipant de protections de tous les cotés...

Mais si on attend...

Moi, je ne suis pas né comme ca: Je n'étais pas d'un famille de Rugby. Ma famille élevait des chevaux de course...Mais je suis venu au Rugby...avec les copains.

Il y a quelquechose, quand-même, à travers le Rugby...quelquechose de plus...Alors, nous vivons sur cette passion...mais bougeons-nous !

C'est cela qui me révolte, dans le Rugby fédéral: On ne s'y casse pas la tête...

Le week-end dernier, j'étais à Lille..., j'étais à un rassemblement ou il y avait 1150 gosses sur le terrain...J'étais à Turcoing pour un jubilée (par mes propres moyens, je le précise), et j'ai demandé...on ne donne pas d'aide à ces gens-là !

J'étais en Alsace. Chaque fois que la fédération demandait à l'un d'entre nous d'y aller, tout le monde baissait la tête pour ne pas y aller, eh bien moi, au contraire, j'aimais y aller ! Je rencontrais, dans un milieu de foot, eh bien, les gens, là bas, ils ont la foi !

Quand je vais dans le Nord, ou en Normandie, comme à Bayeux recemment, ou à Vannes: Dans tous ces coins, il y a des gens dévoués...Quand je vois qu'à 40 kilometres de Lille, des gens amenent 1150 gosses...il faudrait leur donner une médaille. J'ai demandé: "Est-ce que vous avez des aides de la fédération ?". Même pas une medaille, même pas un sucre d'orge ! C'est anormal, anormal !

Quant on voit que les choses se concentrent de plus en plus autour du Midi-Pyrenées, et que des clubs comme Brive, Grenoble, Toulon sont en D2...et bien...Ils n'ont qu'à voir la fédération...il y a des responsables !

A coté de cela, on nous parle de fusion...Nous, on a plus qu'a se regrouper autour de Toulouse...et il n'y aura plus que Toulouse, Bordeaux, Paris et Grenoble. Et avec qui jouera-t'on, aprés ?

Et comment vous allez faire pour former les jeunes ? On préfere ne pas se casser le cul, et acheter des joueurs de 25 ans que de former des jeunes. Ca, ca me révolte.

Avant, il y avait le jeu Agenais, le jeu Rochelais...Maintenant, on veut copier le sud.

On fait venir des diététiciens, on devrait plutôt faire des hommes forts, pour pouvoir rivaliser avec les joueurs du sud. Un pilier de moins de cent kilos devait passer talonneur ou atteindre 120 kilos. C'est mon opinion.

(Fin de l'entretien)

Propos recueillis par
Philippe Morin


Les autres questions à Jean-Pierre GARUET

Les autres interviews Planète Rugby