Planete Rugby: Vous interessez-vous au
Super 12 ? On parle beaucoup de polyvalence des postes
actuellement. Vous-même et Monsieur Paparemborde avez été
parmi les précurseurs d'un jeu où les piliers sont
devenus, d'avantage que précédemment, des manieurs de
ballons. Quelle vous parait être la limite de cette
polyvalence ?
Jean-Pierre Garuet: En
fait, ce sont les règles qui ont fait évoluer le jeu.
Pour ma part, j'étais troisième ligne centre jusqu'à
l'age de 21 ans. Aprés, je savais que j'étais barré,
parce que mesurais 1.77m.
Les gens savaient que j'étais un manieur de ballon, mais
disons que ce qu'on demandait d'abord à un pilier, c'etait
de tenir en mélée fermée...A cette époque, il y en
avait quarante par match. J'étais l'un des premiers à
faire en sorte qu'on se mette à huit, et non plus à
cinq pour pousser en mélée. Eh oui : Huit,
c'est toujours plus gaillard que cinq !
Et quand les troisièmes lignes ne s'y mettaient pas, je
le leur disais, et je crois que Jacques Fouroux, qui a été
l'un des gars qui s'est le plus penché sur ca, a été
trés sensible au message qu'on donnait.
La mélée durait plus longtemps (entre
30 et 40 secondes: Le temps qu'on s'y mette, qu'on aille
chercher le ballon, de travailler). Maintenant, il faut
attendre que le ballon soit là, et plouf ! Par contre,
c'est plus violent. Chaque joueur se met en fonction de
la règle.
Quand il y avait à manier le ballon, bon, trés bien,
mais il fallait aussi un travail de sape, un travail de
costauds !
J'ai joué dans quelques jubilés, dans quelques matches
du Rugby actuel, eh bien nous, à ce jeu, on y
serait les rois ! Avec les règles actuelles, je
me régalerais ! Mais la règle n'était pas comme ca,
avant !
On n'était pas manchots: Si vous vous souvenez du
dernier essai de Blanco contre l'Australie, Pascal
Ondarts (pilier gauche) qui touche le dernier ballon, je
passe le ballon sur un pas, à la manière d'un trois-quart-centre
de Lourdes, et je le passe à Rodriguez... C'est pourtant
la 82e mn. On le sent...C'est peut être cette éducation
de troisième ligne que j'ai eûe: J'ai senti que
le ballon, il fallait l'écarter, plutôt que
d'aller "bourriquer" (percuter) comme on le
voit parfois maintenant.
Mais ca fait plaisir de voir un type comme Le Roux (ndlr:
Ollie Le Roux, pilier des Sharks et des Springboks)
marquer des essais...
Mais vous savez, je jouerais actuellement, je serais
aussi coquin qu'eux !
Propos recueillis par Philippe Morin
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