Les interviews Planète Rugby

Guillaume TAUSSAC

(3è ligne centre, Castres Olympique)


La fiche :

Né le . 1m90, 105 kg.
Clubs précédents : Pézenas, Béziers.
Club actuel : Castres Olympique.
Poste : 3è ligne centre ou flanker

"Tout est possible, on peut encore se qualifier pour jouer une demi finale !"
Propos recueillis par Astrid, le jeudi 21 avril 2005.


 

Suite à une grave blessure et une opération, Guillaume Taussac est resté éloigné des terrains durant sept longs mois. Il a effectué un retour remarqué lors du match Stade Français/Castres Olympique. Il nous dit tout sur sa carrière, ses mois d'absence et sur son retour en force au sein de l'équipe du Castres Olympique.

 

Planeterugby : Pouvez vous vous présenter en quelques mots ?

Guillaume Taussac : J'ai vingt sept ans, j'aurai vingt huit ans cet été, je fais un mètre quatre vingt dix pour cent cinq kilos. Je suis troisième ligne centre mais je peux être polyvalent, et ma préférence est au niveau du numéro huit. Je suis né à Pézenas dans l'hérault, j'ai commencé à jouer au rugby à seize ans et demi à Pézenas, où durant trois saisons j'ai vite gravi tous les échelons et j'ai intégré l'équipe une de Pézenas qui évoluait à l'époque en groupe B, en fédérale 2 ou 1 je ne sais plus ... Ensuite, il y a eu pas mal de clubs qui sont venus me contacter, vu que j'étais assez jeune pour la catégorie. Il y a eu Paris, Narbonne, Béziers, Montpellier et je suis parti à Béziers. J'ai passé deux saisons et j'ai joué quasiment tout de suite, suite à la blessure de Richard Castel pendant la tournée avec l'équipe de France. J'ai enquillé pratiquement de suite en équipe une, et pendant deux ans, j'ai été titulaire pratiquement à tous les matchs. Ensuite, je suis parti à Castres.

 

Planeterugby : Vous revenez d'une longue absence. Comment s'est effectuée la préparation pour revenir dans l'équipe ?

Guillaume Taussac : Suite à l'opération, j'ai dû réapprendre à courir. J'ai dû refaire de la course doucement, un peu de footing une fois tous les deux jours pour ne pas trop solliciter le tendon, et le rendre plus élastique. Puis après, c'est venu au bout d'un mois lorsque j'ai réintégré les entrainements collectifs. Là aussi, ce fut par doses homéopathique. Je ne faisais pas tous les entrainements, parce qu'au bout de six-sept mois d'inactivité, on n'est plus trop habitué aux chocs. Ca a été doucement, je suis passé par la case Espoirs où j'ai fait quelques matchs, et puis il y a eu cette opportunité qui m'a été donnée de jouer contre Paris.

 

Planeterugby : A l'issue de cette saison plutôt blanche pour toi, n'as tu pas quelques regrets ?

Guillaume Taussac : (il marque une pause) A l'heure actuelle, les regrets que j'ai, c'est de ne pas m'être fait opérer plus tôt. Je pense qu'avec le mal que j'avais, j'aurai dû me faire opérer dès le mois de juillet, je pensais qu'en me soignant, en me faisant faire des soins, ça allait passer ... Et après des examens approfondis, on a vu que c'était l'opération le dernier recours. Les regrets sont à ce niveau là. Après, c'est de ne pas avoir eu ma chance plus tôt, dès que je suis revenu. Même si je sais que je ne suis pas encore physiquement à 100 %, je suis passé longtemps par la case Espoirs, j'ai fait quatre matchs. Avant Paris, ça faisait trois semaines que je ne jouais pas. J'aurai aimé qu'on me donne ma chance sur des petits temps de jeu, par exemple vingt minutes en fin de partie. Ce sont les seuls regrets que je puisse avoir ...

 

Planeterugby : Maintenant que vous êtes revenu au sein de l'équipe, pouvez vous nous dire ce qui a été le plus dur durant votre blessure, et est ce que la concurrence t'a donné des ailes pour revenir à un niveau aussi impressionnant ?

Guillaume Taussac : Non, ce n'est pas la concurrence. J'avais besoin de me prouver à moi-même que j'étais encore là et que je pouvais encore exister dans le top 16. J'avais de gros doutes, après mon opération. C'est la première fois que j'avais une blessure aussi longue et aussi "grave", donc j'étais hanté par plein de doutes. Avec le fait d'être arrêté longtemps, et de voir des matchs des tribunes, et au bout de deux-trois mois, je me disais "Ils sont fous, avec tous les tampons qu'ils prennent !", et sur le terrain, on en a pas conscience, on ne le voit pas. Et là, je me suis dit que ça allait être dur. Ce qui m'a aidé, c'est ma revanche sur moi-même et sur certaines personnes que je ne nommerai pas (il sourit).

 

Planeterugby : Penses-tu que le Castres Olympique peut encore se qualifier pour les demi finales ?

Guillaume Taussac : Je pense que rien n'est impossible, mais là, à l'heure actuelle, ça ne dépend plus de nous. Je pense qu'il faudra qu'on accroche des matchs à l'extérieur, voire chez les gros comme Toulouse et Biarritz. Mais après je pense qu'il faudra un faux pas des quatre premiers pour que l'on puisse espérer faire une demi finale. Ils sont bien installés en tête et ce sera très dur d'être parmi les quatre. Maintenant dans le sport, on ne sait jamais ...

 

Planeterugby : Justement, quelles équipes voyez vous arriver dans les phases finales ?

Guillaume Taussac : Je pense que dans les quatre qui sont en place sont pas mal. Il y a Bourgoin, Toulouse, Biarritzet Paris qui se détachent du top 16. Ce sont de grosses équipes, qui font rarement des faux pas, aussi bien à l'extérieur qu'à domicile. Et c'est certainement grâce à ça qu'ils sont parmi les quatre premiers. Ce sont des équipes hyper régulières. Ce qui nous a fait un peu défaut, c'est la régularité ...

 

Planeterugby : A quinze jours du match contre Biarritz, comment l'équipe prépare-t'elle un tel déplacement ?

Guillaume Taussac : Cette semaine, ça a été assez atypique, puisqu'on n'a pas fait de rugby du tout. On a continué à faire de la préparation physique et de la musculation. Hier, on a été à la piscine, aujourd hui, on a fait de la musculation et on a enchainé par un petit tournoi de foot. Ca a été une semaine assez ludique pour s'aérer la tête. Dès demain, on a une vidéo sur Biarritz, on va y passer le week end individuellement, et lundi, on va reprendre le rythme normal, avec les vidéos et les entrainements.

 

Planeterugby : On t'annonce à Montpellier ou à Béziers. Ou peut on espérer encore te voir encore sous le maillot du Castres Olympique ?

Guillaume Taussac : Pour Montpellier ou Béziers, c'est plus que d'actualité, puisque j'ai été en contact avec eux et j'ai été les voir. Pour ce qui est du CO, je ne sais pas, je suis en attente d'une proposition du président (ndlr Pierre Yves Revol) et de Laurent Seigne. A l'heure actuelle, je ne sais pas où se situe mon avenir sportif ...

 

Planeterugby : Serais tu prêt à revenir jouer à Béziers, même s'ils sont en Pro D2 ?

Guillaume Taussac : Si c'est la seule proposition intéressante que j'ai, pourquoi pas ! Mais honnêtement cela m'embêterait, parce que je vais avoir vingt huit ans cet été, j'ai quelques années de top 16 encore devant moi. Donc ça m'embêterait de redescendre d'un niveau. Maintenant, il faut voir le projet sportif qu'ils ont sur trois ans. Ils vont se donner les moyens de remonter de suite. Je connais bien Béziers, et je sais qu'ils en sont capables. Ils l'ont déjà fait il y a deux ou trois ans en arrière. Pour la transition en ProD2, même si c'est risqué, je ne sais pas ... J'envisage toutes les possibilités ...

 

Planeterugby : Selon vous quelles sont les qualités et les défauts d'un troisième ligne ?

Guillaume Taussac : Il y a plusieurs façons de voir la chose. Si on regarde un huit comme Isitolo Maka à Toulouse, ce n'est pas un joueur aérien, c'est un joueur hyper puissant, avec de gros appuis, et une facilité à franchir les défenses. Après, si on regarde un joueur comme Imanol Harinordoquy, il est bon en touche, sur les ballons aériens, sur le repli, sur les courses. Je pense que cela dépend beaucoup de l'entraineur et du système de jeu mis en place. Même si actuellement il faut savoir tout faire au rugby, je pense que c'est l'un des postes les plus complets pour ce jeu.

 

Planeterugby : Comment se passe l'entente avec Paul Volley ?

Guillaume Taussac : Ca se passe super bien. Même au début de la saison quand j'ai fait quelques matchs, où on était en concurrence et où lui et moi on alternait, l'entente était bonne. Dans un groupe de trente et quelques joueurs professionnels, quand il y a autant de matchs à disputer, on sait très bien qu'on ne sera pas titulaire du début à la fin, même si Paul a fait pas mal de matchs. Je pense que ça lui a été un peu néfaste, parce qu'à l'heure actuelle, il est un peu cuit. C'est un bon joueur et j'aurai aimé faire la saison pour pouvoir m'entendre avec lui. On n'a pas trop eu l'occasion de discuter, et ce week end il était content que je sois là et que je prouve que j'étais revenu. Ca lui a fait d'autant plus plaisir de me voir en huit et lui de jouer en sept. Car je pense que c'est un super sept. Il m'a semblé ressentir qu'il était un peu plus libéré d'évoluer en troisième ligne aile qu'en huit.

 

Planeterugby : Pensez vous que votre poste a évolué avec l'arrivée du rugby professionnel ?

Guillaume Taussac : Le poste en lui-même non ... C'est le rugby qui a évolué. Quant on est huit, on a toujours le second rideau à faire, les départs de mêlées, c'est toujours pareil. Le poste en lui-même n'a pas trop évolué, si ce n'est le physique de l'adversaire. Je ne pense pas qu'il ait beaucoup évolué. Cela fait huit ans que je joue, et j'ai vu évoluer le jeu, et fait progresser mon jeu propre, mais le poste en lui-même, je n'ai pas changé grand chose.

 

Planeterugby : Quel est l'entraineur qui vous a le plus marqué à Béziers ou au Castres Olympique ?

Guillaume Taussac : Ca a été mon premier entraineur, celui qui m'a fait confiance, Richard Astre. C'est vraiment lui qui m'a décomplexé, et qui m'a permis de faire voir ce que j'avais. Sinon tous les entraineurs m'ont apporté, j'ai appris de chaque entraineur.

 

Planeterugby : Depuis que vous jouez au Castres Olympique, y a t il un match qui vous a plus marqué que les autres ?

Guillaume Taussac : Oui, c'est la demi finale, en 2001 contre le Stade Toulousain. Même si j'ai joué un quart d'heure, ça m'a marqué. C'était au stadium de Toulouse.

 

Planeterugby : Quelles sont vos passions en dehors du rugby ?

Guillaume Taussac : J'aime bien le golf, même si j'y joue très très peu, voire quasiment plus depuis un an. J'adore la montagne, la mer ... J'adore passer des super moments avec ma famille et mes amis. Là ça fait un an et demi que j'ai fait construire ma maison, et tout mon temps libre et mes week ends d'après matchs je les passe à faire du bricolage et de la maçonnerie.

 

Planeterugby : Qu'est ce que vous aimez dans le rugby, et qu'est ce que vous aimez le moins ?

Guillaume Taussac : Ce que j'aime ce sont les gens et l'esprit collectif du jeu. C'est un sport qui est très convivial où l'on se bat tous ensemble pour un même but. Après ce que je n'aime pas, ce sont les gens qui se prennent un peu trop au sérieux.

 

Planeterugby : Penses-tu qu'avec le professionnalisme, un joueur puisse encore effectuer toute sa carrière dans un même club comme Jean-Luc Sadourny l'a fait à Colomiers ?

Guillaume Taussac : Je pense que ça devient de plus en plus difficile. Je pense qu'actuellement c'est impossible, même s'il doit y avoir des exceptions à la règle. Il n'y a qu'à prendre un joueur comme Alexandre Albouy, je sais pas s'il fera toute sa carrière à Castres ... Je pense qu'avec le professionnalisme, on devient un peu comme les footeux, on est un peu comme du bétail, on est trimballé à droite et à gauche.

 

Planeterugby : La reconversion, vous y pensez ?

Guillaume Taussac : Oui, j'y pense. La chose que je fais actuellement, c'est que j'investis dans la pierre, dans l'immobilier. Après j'ai plein de projets, mais j'en ai tellement, que je ne sais pas encore lequel se fera ... J'ai un projet de restauration au bord de la mer, aussi un projet à la montagne au pied des pistes ... Je ne sais pas encore ...

 

Merci Guillaume et bonne chance pour la fin de la saison qui s'annonce palpitante !


Astrid, pour Planète Rugby 2005.

 

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