Les interviews Planète Rugby

Jean PRAT

 

Né à Lourdes le 1er août 1923

1 m 76, 84 kgs

Poste : Tous, mais principalement troisième ligne.

Club : FC Lourdes. 6 titres de champion de France.

51 sélections en EDF,dont 17 fois capitaine, de 1953 à 1955. N° d'international: 348

Surnommé « Mr Rugby » par la presse anglaise, en 1955


"« Jason Robinson et Jean Gachassin avaient le même style »"
Propos recueillis le dimanche 11 janvier 2004, par Astrid , à Lourdes, au stade Antoine Béguère.


 

Planète Rugby : Concernant la Coupe du Monde qui s’est déroulée dernièrement, qu’avez vous pensé des performances de l’équipe de France ?

Jean Prat : Rien de bon, assurément. Rien de bon, pour la raison suivante : je pense que l’on s’est bercé d’illusions après les succès fort facile contre des pays que l’on ne connaît pas, comme l’Irlande, qui était sur les rotules après son match contre l’Australie où vraiment ils avaient donné le maximum. Contre la France, ils sont restés dans les starting-blocks et n’ont rien donné de bon. Ce n’est pas l’Irlande qu’on a battu là, c’est une pâle imitation.

Planète Rugby : Y a t il une ou plusieurs équipes qui vous ont surpris par leurs performances ?

Jean Prat : (Il marque une pause) Qui m’ont déçu, oui. Les Springbooks m’ont déçu, je les avais vu mieux partis ces gars là. Je les avais vu jouer quelques matchs dans le Tri-Nations, et ils m’avaient fait bonne impression. Et puis après, dans leurs matches de la Coupe du Monde, on ne les a pas vu non plus, ils n’ont pas été bons. Et puis les irlandais, c’est une déception terrible. Je pensais que pour un match de coupe du monde ils auraient fait des efforts mais là …

Planète Rugby : Que pensez vous du fait que le XV de la Rose ait remporté la Coupe du Monde ?

Jean Prat : Qu’est ce que j’en pense ?! Qu’ils l’ont mérité ! Ils l’ont préparé très sérieusement, depuis longtemps, et ils sont arrivés au bon moment, en bonne forme. Eux, ils font leur chemin, et ça les a mené au bout. Ils le méritent !

Planète Rugby : Un des plus beaux souvenirs du FCL, c’est certainement le jour où l’équipe de France, composée des lignes arrières du FCL, Tarricq, Rancoule et Antoine Labazuy, ont redressé la barre d’une équipe de France perdante, en battant les Wallabies australiens de belle manière (Aussi François Labazuy n’avait pu être sélectionné car il avait joué à XIII).

Planète Rugby : Quels souvenirs en gardez-vous ?

Jean Prat : Après avoir perdu contre l’Angleterre, l’équipe de France a été remaniée, et on a fait appel aux lourdais. A Labazuy, à Maurice Prat, à Martine, Tarricq, Rancoule, Domec et Barthe. Et j’en garde un excellent souvenir, et si l’on m’avait demandé mon avis, et je l’avais donné ! Et j’avais un peu insisté pour que l’on fasse appel à tous ces garçons de Lourdes, ils y avaient grandement leur place et ils l’ont prouvé.

Planète Rugby : Quels souvenirs gardez vous de l’équipe de France, à l’époque où vous côtoyiez Jean Matheu, Albert Ferrasse, Guy Basquet et Jean Dauger, le génial centre de l’Aviron qui avait joué à XIII ?

Jean Prat : J’en garde un excellent souvenir, surtout de Jean Dauger. C’était un artiste ! Et Jean Matheu, j’étais bien copain avec.

Planète Rugby : Aussi, vous avez joué avec les plus grands au FCL. Des joueurs tels que Diochet Manterola, Papillon et Claude Lacaze, Jean Gachassin, le bagnérais (aujourd hui vice président de la Fédération Francaise de Tennis), et Roland Crancee, qui venait de Saint Claude, Albert Garuet, ou plus récemment de Torrossian …

Jean Prat : Non non, d’abord je n’ai pas joué avec eux, je les ai entrainé. Je ne jouais plus. Et Crancee ne venait pas de Saint Claude, il est parti à Saint Claude, et venait de Bagnères.

Planète Rugby : Vous étiez très lié avec Antoine Béguère, ancien joueur et président au club. P ouvez vous nous parler de cet homme qui a tout donné pour le club ?

Jean Prat : Antoine Béguère, je pense que c’est à lui que le Football Club Lourdais doit d’avoir écrit les plus belles pages de son histoire. C’est grâce à lui, et il faut le reconnaître. Il a été un président extraordinaire. C’était un ancien joueur, il connaissait parfaitement le rugby. Il prenait des décisions, et savait faire preuve d’autorité.

Planète Rugby : Le FCL manque dans le Top 16. Selon vous a t il des chances de le rejoindre un jour ?

Jean Prat : Pas dans l’immédiat … Il manque des moyens. Il n’y a pas les éléments, il n ‘y a pas de moyens financiers. Mais on ne sait pas ce qui peut arriver, et il va leur falloir beaucoup de courage.

Planète Rugby :: Que pensez vous des rivalités FCL Stado Tarbais et la Section Paloise ?

Jean Prat : Ca a été très virulent et très violent à un moment donné, mais c’est fini maintenant. La hâche de guerre est enterrée !

Planète Rugby : Votre sentiment sur l’ambiance des derbies de ces années où A. Jauréguy et Roger Lerou étaient sélectionneurs ?

Jean Prat : C’était une très bonne chose ! J’étais très ami avec eux (rires).

Détail de la fresque entourant le terrain du stade Antoine Béguere à Lourdes, représentant les internationaux du FCL, et notamment les frères Prat.

Planète Rugby : Votre frère, Maurice Prat, Roger Martine et Antoine Labazuy formaient, à l’époque, « Le triangle magique ». Pourquoi cette appellation ?

Jean Prat : Ils avaient de grandes qualités offensives, ils avaient aussi un paquet d’avants qui s’étaient sacrifiés pour eux.

Planète Rugby : Dans le rugby des années 1950-1960, le coaching (changement des joueurs en fin de match) n’existait pas. Que pensez vous de cette méthode ?

Jean Prat : Le coaching a existé, c’est moi qui ait débuté, avec l’équipe de France. Donc, c’est à partir de 1955-56.

Planète Rugby : Toujours concernant le rugby des années 60, y a t il beaucoup de changements au niveau des ballons, des accessoires et des protections des joueurs ?

Jean Prat : Les ballons sont beaucoup plus légers. Autrefois, on jouait avec des ballons en cuir, qui pompaient l’eau comme des buvards. Maintenant, ce sont des ballons en matière plastique, qui ne s’imbibent pas d’eau, et qui restent légers, maniables. Et pour le reste, bien sur, les pelouses sont beaucoup plus entretenues. Autrefois, on jouait dans des bourbiers, maintenant c’est fini ça.

Planète Rugby : Pensez vous que l’évolution des règles a changé le jeu lui-même et avec lui, l’esprit du jeu ?

Jean Prat : Il a changé le jeu, il a changé l’aspect du jeu, oui ça c’est sur. Le changement de règles a apporté certains avantages. Il y a des choses qui sont beaucoup plus intéressantes, plus compréhensibles par le public. Par exemple, cette histoire de la touche, quand je regarde des matches d’il y a vingt cinq ou trente ans, cette touche où l’équipe se propulsait en l’air, c’est plus propre. Autrefois, c’étaient toutes les paluches qui tapaient dans le ballon et qui l’envoyaient n’importe où. Là, maintenant, ils prennent le ballon. Et puis il y a tout un tas de trucs, comme l’impossibilité pour un troisième ligne de se détacher de la mêlée. Ca, ça devrait apporter pas mal, mais ça n’apporte pas grand-chose.

Planète Rugby : Avez vous constaté une évolution dans la règle du hors jeu ?

Jean Prat : Non, maintenant, ce qui est sanctionné, très souvent, c’est cette position de certains joueurs. Cette histoire de plonger sous les ballons, c’est plus ou moins toléré par les arbitres. Certains le tolèrent, d’autres ne le tolèrent pas.

Planète Rugby : Pensez vous que le troisième ligne d’aujourd'hui est différent ?

Jean Prat : Pour un troisième ligne, il s’agit toujours de défendre, de jouer au ballon, à la différence près qu’il a beaucoup plus de liberté.

Planète Rugby : Pensez vous que le rapport de force jeu à XIII, jeu à XV soit satisfaisant ?

Jean Prat : On ne se fréquente pas, maintenant les joueurs qui ont joué à XIII peuvent revenir à XV, et vice versa. Là aussi la hache de guerre est enterrée.

Planète Rugby : Quels sont vos joueurs favoris, français et étrangers ?

Jean Prat : Français, il y a les jeunes comme Michalak. Les joueurs que j’admire, ce sont Robinson, et Wilkinson. Ceux-là je les trouve à mon goût. Robinson, on avait le même ici avec Gachassin, c’était le même style. Je n’ai pas joué avec Gachassin mais je l’ai entrainé.

Planète Rugby : Concernant le rugby actuel en France, que pensez vous de la formule du championnat, avec play offs et play downs ? Ne pensez vous pas que, comme pour le Super 12, on devrait donner des points aux clubs marqueurs d’essais ?

Jean Prat : L’idée est intéressante. Ca existe déjà pour le challenge sud radio et pour la coupe d’europe.

Planète Rugby : Après avoir mis un terme à votre carrière de joueur et d’entraîneur, vers quelles activités vous êtes vous tourné ?

Jean Prat : J’ai joué au golf, j’ai fait du ski, j’ai fait de la voile, et c’est déjà pas mal ! (rires).

Fin de l'entretien.

Cette interview a été réalisée au stade Antoine Béguère, à Lourdes (65), le dimanche 11 janvier 2004. Nous tenons à remercier M. Stéphane Morera, M. Marc Laffitte et M. Michel Hauser pour leur chaleureux accueil au stade, ainsi que pour leur collaboration.

Astrid, pour Planète Rugby 2004

 

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