Les interviews Planète Rugby

"Il faudra compter avec Colomiers"

Hervé Manent (Colomiers):

6 Janvier 2001, 12h00, Gentilly (92)


Troisième ligne aile de Colomiers Rugby, Hervé Manent, 29 ans, aime son club. Il nous en parle avec passion mais aussi et surtout une bonne dose de raison et de réflexion. Pour lui, il ne fait pas beaucoup de doute que le club à la colombe va aller encore plus haut dans l'avenir. Et pourquoi pas dès cette année.


Planète Rugby : Après deux mois de compétitions, quelles sont vos premières impressions sur le parcours de Colomiers ?
Hervé Manent : D'abord nous avons fini le championnat précédent très tard (le 16 juillet). Ensuite l'intersaison a été très brève avec un stage dès le 23 août et la reprise des matchs le 23 septembre. Ce laps de temps a été très court pour se remettre physiquement mais aussi et surtout psychologiquement. Un championnat qui reste comme en 1999/2000 notre objectif prioritaire même si la Coupe d'Europe est un échéance très attendue. Malgré un calendrier bricolé, le découpage permet de se concentrer pendant plusieurs semaines sur un seul objectif même s'il faut y revenir des mois après. C'est plus facile à gérer pour tout le monde.

P.R. : Pour revenir à la Coupe d'Europe, remplit-elle convenablement son rôle de niveau intermédiaire entre le champoinnat et l'équipe nationale ?
H.M. : Un championnat cohérent, compétitif et logique lui donnerait plus de crédit et d'importance. Mais la Coupe d'Europe a un impact médiatique très important. Elle permet aussi de se frotter avec d'autres cultures dans des pays commme l'Ecosse, l'Irlande ou encore l'Italie même si les voyages ne sont pas toujours des parties de plaisir. Plus globalement, je pense que la Coupe d'Europe a contribué à la naissance du Tournoi des VI Nations avec l'entrée en lice des Italiens. Cela permet de donner quelques idées à d'autres nations plus en retrait comme l'Allemagne, l'Espagne...

P.R. : En 1999, la finale de Coupe d'Europe avait révélé Colomiers à l'Europe du rugby, mais la finale du championnat en juillet dernier a semblé être un véritable palier franchi
H.M. : Il ne faut pas non plus oublier qu'en 1998 nous remportons la Conférence Européenne (rebaptisée bouclier européen) en restant invaincus sur l'ensemble de la compétition. Ainsi depuis la saison 1997/1998, notre niveau de jeu a bien évolué. Quelques semaines après cette victoire, nous avions échoué d'un rien (défaite 15 à 13) en demi-finale du championnat de France contre Perpignan. A l'époque avec Laurent Labit , nous étions les seuls a déjà avoir eu un titre et beaucoup ont compris combien il était rageant d'échouer si près du but. Mais la progression de l'ensemble de l'équipe s'est poursuivie avec une plus grande maitrise et une meilleure gestion du jeu dès l'année suivante.La progression est continue presque lancinante. Maintenant, le nouveau cap qui nous devons franchir, c'est remporter un grand titre car en sport on ne se souvient que du champion.
Après les tests
"Ne pas se relâcher"

Pour Hervé Manent, "il n'y a jamais réellement eu de gouffre physique. Quand je vois des joueurs comme David Bory ou Xavier Garbajosa je me dis que nous n'avons rien à envier au Sud. Mais Colomiers et le XV de France ont un peu le même problème. Quand on se relâche, on prend des points. Mais si on se concentre sur notre jeu, on peut faire de grandes choses."


P.R. : Dans cette optique, est-ce que la victoire au Stadium contre le Stade Toulousain a été un pas supplémentaire dans les esprits ?
H.M. :Ca a été effectivement un cap, plus que je ne l'imaginais sur le moment. Cela nous a permis de prouver que nous étions une grande équipe qui pouvait battre tout le monde et partout. Nous n'avons rien à envier, rien à redouter mais nous devons respecter tous les adversaires. C'est par là que passe la réussite. Pour le moment, nous avons bien su mettre en pratique ces principes puisque nous avons battu Toulouse et La Rochelle qui sont nos " bêtes noires ". A partir de maintenant, c'est vers une plus grande régularité qu'il faut aller. Par exemple, le fait de passer par les barrages lors du dernier championnat a été ressentie comme une puntition pour notre manque de constance dans les résultats. Cela nous a finalement servi et nous servira encore.

" Se former un véritable palmarès "

P.R. : Depuis quelques saisons, les joueurs étrangers ont " envahi " le championnat de France. Colomiers en compte très peu dans ses rangs...
H.M. : Trois avec l'arrivée du japonais Yoshihito Yoshida. Mais ce n'est pas l'absence d'étrangers qui fait que nous réussissons. En fait, Colomiers réalise tous les ans un recrutement très discret, modeste a priori mais avec un fil rouge qui est la facilité à s'intégrer à un groupe. Au délà des qualités techniques et physiques, c'est la capacité à adhérer au projet de jeu qui prime pour les recrues. Et puis si les victoires sont là, l'intégration est beaucoup plus facile. Les meilleurs exemples de cette politique sont Frédéric Culinat, Laurent Marticorena ou encore David Skrela pur produit du club. Les arrivées de jeunes, comme Yannick Jauzion cette année, insuflent de la fraîcheur dans le groupe et évitent ainsi un essouflement de l'équipe.

P.R. : Lorsqu'on évoque Dax, les amoureux du rugby pensent immédiatement à un certain savoir-faire dans le style de jeu, pensez-vous que Colomiers soit en train de réaliser la même chose ?
H.M. : J'en suis convaincu et les retours du grand public que nous avons eu après la finale m'ont conforté dans cette idée. Nous avons reçu de nombreux remerciements qui nous renforcent dans nos convictions : maintenant on sait où on va et on espère que le jeu estampillé de la colombe va se développer. Les résultats ont toujours la priorité dans les objectifs mais on veut y mettre la manière le plus souvent possible. Le match contre La Rochelle est sur ce point un exemple. Nous ne devons pas non plus tomber dans la facilité car le jeu que nous pratiquons est exigeant collectivement, mentalement et tactiquement. C'est peut-être aussi pour cela que la mise en route de la saison a été un peu longue.

P.R. : Pourtant, un point noir subsiste, c'est le public qui " boude " un peu votre stade du Sélery.
H.M. : C'est vrai mais on attire pas les mouches avec du vinaigre. Pour le public, il faut du spectacle. D'un autre côté si les résultats ne sont pas là, on intéresse plus les gens. Il faut d'abord qu'on se forme un véritable palmarès avec des titres et puis si on joue encore un beau jeu, ça devrait " venir ". Au point de vue matériel, on est prêt à accueillir du public. Le club est lui aussi prêt à devenir un véritable repère dans le monde du rugby français à l'image d'équipes comme Agen, Castres ou Toulouse.

P.R. : Un petit pronostic pour la fin de saison ? Colomiers ?
H.M : (Il sourit) Oui. S'il faut être les premiers à le dire pour que les gens y croient alors oui, je " vote " Colomiers. Attention, il nous reste quand même beaucoup de travail et je ne veux pas faire preuve d'une confiance démesurée mais je pense que si on se concentre sur notre jeu, il faudra compter avec nous. Pour le moment, il faut que l'on s'attèle à bien se sortir d'un mois de décembre très chargé.

Propos recueillis
par
M@xime Malet

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