Interview de Laurent Ferreres


Photo @strid

Fiche d'identité

Taille : 1 m 75

Poids : 83 kgs

Ailier à Narbonne

Date de naissance : 30 août 1980 à Lézignan-Corbières (Aude)

Clubs successifs : Lézignan-Corbières à treize, London Broncons, Le
Racing Club de Narbonne et l'AS Béziers.

Questions d'Astrid et de Vincent Levigneron du site www.rugby7s.com

Interview réalisée le mercredi 15 juin 2005, au téléphone par Astrid

"Nous étions tous des joueurs de qualité, avec un coeur énorme et on avait envie de bien faire"

 

Planeterugby : Pouvez vous vous présenter en quelques mots ?

L Ferreres : Je m'appelle Laurent Ferreres, je suis né le 30 août 1980 à Lézignan-Corbières dans l'Aude. Je joue au rugby depuis l'âge de 10-11 ans. J'ai commencé en "benjamins" à treize à Lézignan-Corbières. J'ai joué à Lézignan-Corbières jusqu'à l'âge de 22 ans. Durant quatre ans, j'ai joué en équipe première. Ensuite, je suis parti faire un stage de trois mois en Angleterre avec les London Broncons. Ensuite, en juin 2002, le Racing Club de Narbonne m'a contacté et je suis parti jouer à Narbonne, et j'y suis jusqu'au 30 juin 2005. Je viens de signer un contrat pour deux ans à Béziers. J'ai eu des sélections en équipe de France à sept et j'ai fait un stage avec l'équipe de France à treize.

 

Planeterugby : Comment avez vous été amené à jouer au rugby à sept ?

L Ferreres : J'ai été contacté par Thierry Janeczek (l'entraineur et le sélectionneur de l'équipe de France, ndlr), qui m'a fait apprécier ce beau jeu à sept. J'ai dit oui de suite, parce que c'est un profil de jeu qui me plaît.

 

Planeterugby : Votre sentiment sur le rugby à sept en quelques mots, au niveau de la préparation, du staff technique, du top 16 ?

L Ferreres : Pour la préparation physique, c'est plus dur qu'au quinze. Il faut être prêt physiquement. Pour ce qui est de la libération des joueurs en club, c'est Thierry Janeczek qui s'en occupe. Moi à Narbonne, j'ai un entraineur (Jean-François Beltran, ndlr) qui aime bien le jeu et qui m'a libéré pour la coupe du monde et pour la tournée, et il en est très content !

 

Planeterugby : Une première victoire dans l'IRB Sevens à Paris, c'est plus que ce que vous espériez, ou avez vous le sentiment que le résultat de l'équipe de France correspond mieux à votre niveau ?

L Ferreres : A Paris, une victoire, on l'espérait tous. A chaque fois que nous sommes en tournée à un endroit on espère tous une victoire. Mais c'est vrai que le groupe qu'il y a eu pour ce dernier tournoi a été très bon. Les deux tiers étaient déjà à la coupe du monde à Hong Kong. A chaque fois que l'on part en tournée, que ce soit à Dubaï, à Welligton, à Londres ou à Paris, on y va pour essayer de gagner, pour essayer de faire quelque chose de mieux que les autres. A Paris, on a eu le déclic, on est sorti premier de poule, en quart de finale, on prend l'Afrique du Sud, on les bat. En demi, la Nouvelle Zélande et en finale les Fidji. Et on y est arrivé comme ça, parce que c'était difficile, et que l'on croyait en nous. Si l'équipe de France actuelle avait la possibilité d'avoir un lendemain, je pense qu'elle serait très forte. Maintenant, je ne sais pas si cette équipe de France aura un lendemain ... Car nous avons tous un club, et que tous les clubs ne libèrent pas forcément, à cause du championnat. Il faut que ce soit partagé.

 

Planeterugby : On vous a vu beaucoup plus agressifs sur les phases de conquête, ce qui vous a fait souvent défaut dans les tournois cette année. Travail spécifique ou grosse envie à Paris ?

L Ferreres : On nous a vus agressifs ... Agressifs dans tous les bons sens du terme je suppose ... Dans les autres tournois, les autres joueurs et moi-même, on veut jouer comme les grandes nations jouaientt à sept. Et là, à Paris, on n'a pas réfléchi, on a joué et on s'est basé surtout sur du collectif et de la cohésion entre joueurs. L'agressivité vient après. Nous étions l'une des plus petites équipes du tournoi, la plus petite certainement, car il y a beaucoup d'athlètes, des joueurs assez grands et costauds. Et nous on était une équipe de taille moyenne, et en défense on était mieux organisé. Les All Blacks sont très impressionnants. D'ailleurs, on a souffert en mêlée. On a perdu beaucoup de ballons sur les mêlées.

 

Planeterugby : Durant ce tournoi, on a vu très peu d'erreurs de défense, notamment contre les All Blacks, et un gros collectif sur les phases de conquête ...

L Ferreres : Contre les Blacks en défense, si on prend pas l'essai on a plus de chance de gagner que si on prend un essai. Maintenant, toujours contre les Blacks, il y a eu 14 à 12 très vite dans le match, et on a essayé de serrer. Il est vrai qu'en deuxième mi temps, on a joué beaucoup dans leur camp, ils n'ont pas franchi. Il y a eu Vincent Clerc qui lors de ce match a été énorme, qui nous a beaucoup aidé, qui a joué le jeu. Et voilà, on n'avait pas envie de perdre et celui qui avait le plus envie de gagner c'était bien nous, l'équipe de France, sur ce match et sur le tournoi. Car mener en finale 19 à 14 à la mi temps, à la deuxième mi temps, on avait plutôt intérêt d'accrocher leurs vingt deux mètres ! La défense c'est tout dans la tête.

 

Planeterugby : Est que l'on peut dire aujourd hui que l'équipe de France a trouvé ses marques ?

L Ferreres : Je ne sais pas si elle a trouvé ses marques ... Déjà, elle a trouvé ses repères. Thierry Janeczek regardera ces cassettes et il les montrera à l'équipe ensuite et il leur montrera comment il faut jouer. C'est vrai que jusqu'à présent on n'avait fait que quelques matchs, mais là, c'est tout un tournoi à montrer. Voilà pour la façon de jouer. Maintenant, est ce que tous les joueurs qui viendront après, rentreront dans le système, comprendront la façon de jouer, auront le mental pour affronter les grosses équipes ? Nous, si Thierry (Janeczek, ndlr) nous reconduit pour l'année prochaine, et si on arrive à être libéré, ça marchera, ça fonctionnera, car on se régale nous, dans cette équipe. On se plait ensemble et on se régale ensemble. Maintenant, s'il y a d'autres joueurs, qui entrent dans un groupe qui y arrive, il n'y a pas de raison que ça ne fonctionne pas.

 

Planeterugby : Johan Dalla Riva nous expliquait le manque d'explosivité des joueurs français par rapport à d'autres autres nations. Si depuis quatre tournois on a été rassuré sur ce point, nous avons pu noter un changement radical à Paris. Est ce que jouer à domicile peut expliquer un tel changement ?

L Ferreres : Non, je ne le crois pas. Comme je l'ai déjà dit, à chaque fois qu'on part, c'est pour gagner. Et à Paris, on avait envie de bien faire. On savait qu'il y avait la télé, qu'il y avait des joueurs qui n'avaient pluss de club. A part Vincent Clerc qui joue au Stade Toulousain. Moi, pour ma part, je vais jouer à Béziers, mais c'est mon choix, j'aurai pu jouer dans le Top 14. On a vu qu'on était des joueurs de qualité, et le fait que ce soit à Paris et pas ailleurs, ça nous a arrangé, parce qu'il y avait la télé et que les matchs étaient retransmis. D'ailleurs, je remercie les commentateurs qui ont été supers ! Mais bon, ça aurait été un tournoi à Welligton, si on avait pu le gagner, on l'aurait fait.

 

Planeterugby : Vous avez fait un match énorme contre les Fidji, à l'image de tous les joueurs de l'équipe de France dans ce tournoi. Cependant, même si sur la feuille de match l'ossature de l'équipe a très peu changé, on a le sentiment que ce n'est pas la même qui jouait les autres tournois de l'IRB Sevens. Quel a été le plus de l'équipe de Paris ?

L Ferreres : Le noyau de cette équipe, vous avez dû le remarquer, tournait autour de Rida Jaouher, Patrick Bosque, moi-même et les deux grands qu'on avait devant, c'est à dire Julien Malzieu et Vincent Deniau. Ensuite, l'équipe a réussi à tourner autour de ce noyau. Je pense que dans l'effectif de l'équipe, on a un grand qui va très vite, on a un petit qui est très technique et très rapide, on a deux deux gros qui plaquent et qui font mal, et un maître à jouer. C'est une équipe qui est homogène. Nous sommes tous des joueurs de qualité, avec un coeur énorme et on avait envie de bien faire. Sur les autres tournois, l'équipe a un peu changé par rapport à la coupe du monde. A Singapour, il y avait d'autres joueurs, à Welligton aussi, il y avait d'autres joueurs. Et à Dubaï, ce n'était pas du tout la même équipe, il y avait juste deux ou trois joueurs. Je crois que dans ce groupe, si on change deux joueurs, ça ne changerait pas trop. On a eu la chance d'avoir ce groupe là, humainement parlant j'entends, pour le tournoi de Paris. On était content, on était bien ensemble. Et je crois que nous sommes devenus un bon groupe de copains.

 

Planeterugby : Maintenant que vous êtes dans les huit premières équipes, vous allez quitter votre statut d'outsider et endosser le statut de favori dans les matchs de poule. Comment allez vous gérer cela ?

L Ferreres : Maintenant, au lieu de rencontrer une ou deux grosses équipes comme on l'a eu à Londres et à Paris, et à Singapour, nous allons rencontrer juste une grosse équipe. A nous de continuer, il va falloir sortir en quart de finale à tous les tournois, et non en bowl, le bowl qui est la troisième compétition. Il faut sortir absolument en cup à chaque fois. On ne peut pas se permettre de perdre, il nous faudra continuer. Je ne sais pas si on peut rester à ce niveau. Je crois qu'il y a eu de la part des fidjiens et des all blacks un petit relachement pour ce tournoi. Mais nous, on a joué à fond, comme on l'aurait fait ailleurs.

 

Planeterugby : Comment s'est passée la préparation du tournoi, au niveau du rythme des entrainements ?

L Ferreres : Nous autres, les joueurs, on a trouvé qu'on s'entrainait trop. On marchait, on s'entrainait à l'autre bout de Paris et c'était assez difficile ... On se plaignait un peu beaucoup et apparemment trop, parce qu'on a gagné, donc ce n'est pas grave du tout. La préparation s'est passée normalement.

 

Planeterugby : L'ambiance dans l'équipe de France ?

L Ferreres : Elle est super, elle est même extraordinaire ! On est tous super copains. Dans un groupe, si on n'est pas copains ni complices ça ne va pas.

 

Planeterugby : Selon vous, quelles sont les qualités requises pour un joueur du sept ?

L Ferreres : La première des qualités, je pense, la première serait d'être rapide. Il faut de la vitesse, du mental, de la combativité. Il y a plusieurs types de bons joueurs. Il y a des joueurs qui sont très forts, mais qui n'aiment pas le combat, donc, c'est pour cela qu'on les verra peut être au tournoi à quinze. Du combat, d'un côté, il en faut. C'est cela qui a fait notre force. On a été compétent sur ce tournoi. Après, il y a des joueurs qui nous ont amené cette vitesse, qui sont Sylvain Jonnet, Vincent Clerc et Nicolas Carmona. On a marqué des essais, mais c'est le collectif.

 

Planeterugby : Hormis les tournois de Londres et Paris, à quels tournois avez vous participé ?

L Ferreres : J'ai participé aux tournois de Los Angeles, de Welligton, et l'année dernière à Hong Kong et à Singapour pour le tournoi mondial. Ensuite j'ai eu la chance de participer à la coupe du monde à Hong Kong durant lequel nous avons fait un très beau tournoi. Nous avons terminé en quart contre les blacks, mais on aurait pu mieux faire. Maintenant, on veut toujours plus, c'est normal ...

 

Planeterugby : Selon vous, quel est le meilleur joueur de rugby à sept ?

L Ferreres : Je ne sais pas ... Il y a des anglais qui sont pas mal, il y a des néo-zélandais aussi ... Je ne peux pas vous dire quel est mon joueur préféré ... En France, je n'ai pas de joueur préféré. Je n'en ai pas au quinze, donc à sept ... (rires). Mais pour ne citer qu'eux et parce qu'ils n'ont pas de club (à l'heure où nous réalisions l'interview, les trois joueurs cités n'avaient pas de club et en ont un aujourd'hui, ndlr), je dirai Patrick Bosque, Rida Jaouher et Renaud Dulin.

 

Planeterugby : Il y a bien le grand Waisale Serevi ... ?

L Ferreres : W Serevi, oui ! Il a été énorme ! Il nous a marqué un essai en finale ... en marchant ! Il est impressionnant.

 

Planeterugby : En France, les tournois à sept de fin de saison sont essentiellement amateurs. Y avez vous déjà participé, et si oui, qu'allez vous y chercher ?

L Ferreres : Non, je n'ai jamais fait de tournoi. Je n'ai pas trop fait de sept. J'ai joué au rugby avec mes copains, mais le sept, j'y ai joué avec l'équipe de France. Je ne participe pas aux tournois amateurs, ça ne me plait pas, ça ne m'intéresse pas. J'aime bien le sept, mais le haut niveau.

 

Planeterugby : Qu'est ce qui vous plaît dans le rugby à sept ?

L Ferreres : Ce qui me plait, c'est la liberté. On est sur un terrain et on joue. Et le seul truc, c'est de marquer des essais, d'avancer et de jouer. Moi ce qui me plait, c'est de jouer au rugby. Comme je l'ai dit un peu plus haut, moi, je viens du treize. En fait, que je joue à sept, à treize ou à quinze, moi je joue au rugby pour jouer. Je suis peut etre le seul demi de mêlée à sept à ne pas l'être aussi à quinze. Cela peut paraitre drôle mais c'est comme ça ...

 

Planeterugby : Est ce que le rugby à sept vous rappelle le rugby à treize, votre sport d'origine et de coeur ?

L Ferreres : Oui, oui et non. En gros je prends mon pied dans tous les rugby. Je m'engage dans tous mes matchs de rugby. Quant je joue à quinze, quant je joue à quinze, je me régale. Je n'essaie pas de comparer "les" rugby. Quant on compare c'est qu'on trouve des défauts, je n'ai pas envie de trouver des défauts. Je joue au rugby parce que ça me plait et parce que je me régale.

 

Planeterugby : Qu'est ce que le rugby à sept vous a apporté dans votre carrière sportive ?

L Ferreres : C'est tout nouveau pour moi, on verra dans l'avenir ce que cela m'apporte. Pour l'instant ça m'a apporté d'être international de rugby à sept.

 

Planeterugby : Quels sont vos projets, dans et hors du sept pour la saison prochaine ?

L Ferreres : Pour le sept, je vais attendre la nomination pour les jeux olympiques, je dis "la nomination" parce que j'espère qu'elle sera positive. Et ensuite, j'aurai un nouveau club et un nouvel entraineur. J'espère réaliser une belle saison avec l'AS Béziers et faire ainsi remonter mon club. Que l'on joue en Pro D2 et que l'on remonte aussi sec. Ensuite, avec le sept, j'espère que je jouerai et que l'équipe de France se portera bien, qu'il y aura un projet qui se montera à travers la France. J'espère faire partie du projet. J'espère que ça marchera.

 

Planeterugby : Peut on vous demander pourquoi vous avez choisi un club de la Pro D2 et pas un club de championnat ?

L Ferreres : J'étais très attiré par Bayonne, j'avais très envie d'aller à Bayonne, parce que la région me plait, et parce qu'il y a un état d'esprit et une mentalité qui me plait là bas. Maintenant, je n'ai pas trop eu le choix. A la fin, ils cherchaient toujours un centre polyvalent à l'aile, et moi ça ne m'intéressait plus. Ils ont fait signer quelqu'un d'autre. Ensuite, il y a eu Brive, mais ils ont fait signer un autre arrière et donc, ça ne m'intéressait plus. Je voulais jouer numéro un. Et puis, il y a Olivier Saïsset, l'entraineur actuel de Clermont, qui m'a tendu la perche, qui m'a parlé au téléphone deux fois durant trois quart d'heure et il m'a convaincu d'aller jouer à Béziers. Il est vrai que je vais jouer en Pro D2, mais c'est reculer pour mieux sauter.

 

L'équipe de planeterugby remercie Laurent ferreres pour lui avoir accordé cette interview et lui souhaite bonne chance avec son nouveau club, l'AS Béziers !