Les interviews Planète Rugby

Johan DALLA RIVA


Né le 2 septembre 1978 à Lavaur (Tarn). 1 m 85, 89 kg.

Clubs successifs : Stade Toulousain (espoirs), Tarbes (durant un an).

Champion de france avec Midi Pyrénées à VII.

Club actuel : Castres Olympique.

Poste : ailier principalement, mais peut jouer arrière.

International France U.

Johan Dalla Riva sous le maillot de Castres, face à Bourgoin (Rugby à XV).
"Avec l'aimable autorisation de Johan Dalla Riva".

"Ceux qui n'aiment pas le rugby vont aimer le rugby à sept !"
Propos recueillis par Astrid, à Puylaurens (Tarn), le vendredi 4 juin 2004.
Questions préparées par Astrid et Jacques Foury (Planète Rugby).


 

NB: Version courte de l'interview [Pour la version longue, cliquez ici...
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Planète Rugby : Comment s'est passée la préparation au tournoi, les entrainements ... Le sept est-il vraiment différent du quinze ?

Johan Dalla Riva : Sur Bordeaux, la préparation du tournoi, à mon avis n'était pas du tout bonne. Pour la bonne et simple raison, et moi le premier j'ai été touché, je n'ai joué en équipe que le jeudi, la veille du tournoi. J'ai passé mes examens à la fac lundi, mardi et mercredi. Il y a eu deux joueurs qui ont été obligés de partir durant la semaine, faire trois heures de route aller et retour, pour aller signer leurs contrats pros, ce qui était quand même important. Et cela, Thierry Janeczek l'a très bien compris. Donc, la préparation a été très difficile et assez perturbée par rapport à d'habitude. D'autant plus que là, comme on était en France, on était invité un peu partout, et c'est normal, il faut répondre aux invitations. Ca nous a fait très plaisir, mais il est vrai qu'après on a essayé, avec Thierry Janeczek, de recadrer un peu les choses parce qu'on s'apercevait qu'on n'était plus trop concentré sur le tournoi. C'est ce que j'ai ressenti moi, en arrivant le jeudi. Sur la préparation du tournoi, elle n'a pas été bonne ... Mais ce n'est un manque de volonté de personne. Justement, on a demandé beaucoup de choses à l'équipe de France, et c'était mal situé par rapport aux joueurs. Parce que nous les joueurs, on a un calendrier chargé en dehors du sept. On n'a pas eu tous les moyens pour bien figurer, et d'ailleurs, on s'est fait surprendre d'entrée contre la Russie. Ce qui a un peu gâché la fête du rugby français.

Pour rapport à la seconde question, si c'est pareil que le quinze, ça n'a strictement rien à voir. Ce sont deux jeux complètement différents. Le seul point commun, c'est que ça se joue avec les mêmes règles à quelques détails près. Ce n'est pas tout à fait le même aspect physique, le même aspect tactique. Il y a des choses que l'on peut faire à sept, qui seront inconcevables à quinze et inversement. Par exemple à 7, on peut reculer avec la balle, ce qui à XV est fortement déconseillé.

Planète Rugby : Le jeu à sept est-il beaucoup plus rapide que le jeu à quinze ?

Johan Dalla Riva : C'est nettement plus rapide. Le sept est fait de telle façon (et c'est pour cela que beaucoup de gens l'aiment), c'est que c'est du 1 contre 1 constamment. Toutes les actions sont du 1 contre 1, il y a toujours un perdant et un gagnant. Ce ne sont que des contre-pieds. Si on passe le premier rideau c'est fini. Normalement, une bonne équipe va au bout.

Planète Rugby : Au début du tournoi, vous perdez de justesse contre la Russie. Vous n'étiez pas assez préparés ?

Johan Dalla Riva : Je pense que, la préparation en elle-même, n'était pas très bonne sur la semaine. Après, je pense que l'équipe avait l'expérience pour se sortir de ce piège. Mais, justement il y a deux règles dans le rugby à sept, deux règles qui ressortent, c'est que lors du premier match, toutes les équipes se valent. N'importe quelles équipes. Je pense qu'on aurait pris les All-Blacks au premier match, je pense qu'on n'aurait pas fait le même résultat. On aurait même pu gagner. Même si on a pris 40 à 0 contre eux, je pense qu'on aurait pu les battre. Parce que eux aussi, ils débutaient la compétition, ce ne sont pas les mêmes courses, les mêmes tactiques. Les joueurs ne recherchent pas les mêmes ressources, et donc, pour la Russie, on les a plus aidés qu'autre chose. Franchement, ils n'ont pas fait grand-chose pour nous battre, c'est plus nous qui nous sommes battus par l'aspect physique.

Planète Rugby : Pourriez-vous nous décrire l'ambiance dans l'équipe de France ?

Johan Dalla Riva : L'ambiance dans l'équipe de France est super ! Déjà, il y a tous les bons aspects du rugby. Dans l'équipe de France et dans les autres équipes. C'est une mentalité un peu à part. La plupart des équipes se retrouvent à l'étranger. Nous c'est la première fois qu'on jouait à Bordeaux, mais ça ne change rien. On est tous dans le même hôtel, on se côtoie tous et se connait tous à peu près maintenant. Et l'ambiance est très bonne ! Il y a beaucoup de jeunes, et il n'y a pas de prise de tête. Il y a besoin de résultats, on est compétiteur. Quand on est sur le terrain, avant les matchs, dans l' échauffement, on est sérieux, on se concentre. Mais après, beaucoup d'équipes dans les vestiaires, ce qui est différent d'avec le quinze... Comment dire ... Ce n'est pas une ambiance comme le quinze.

Planète Rugby : La différence semble énorme entre les premiers (Nouvelle Zélande, Angleterre, Fidji, Afrique du Sud, Argentine ...) et les Français. Le public s'étonne de voir un tel écart entre ces nations et la France ... Qu'en pensez vous ?

Johan Dalla Riva : Je pense que l'écart n'est pas si conséquent. L'équipe de France n'a pas montré une bonne image à Bordeaux dès le premier jour. Parce que le deuxième jour, on s'est quand même bien débrouillé et on a gagné tous les matchs. Même si tout le monde va dire que ce n'était pas de grosses équipes. Sachant que c'est quand même le Kenya qui a d'abord battu l'Australie, a tenu en échec les Fidjis, et a failli battre les Anglais en quart de finale, dans un tournoi antérieur je pense à Wellington. C'est vrai que c'est une équipe qui n'est pas représentative, celle que l'on a battu, sur le rugby à quinze. Mais sur le rugby à sept, elle était aussi bonne que certaines. Une équipe qui est bien structurée, avec une bonne fédération, peut avoir une équipe très compétitive à sept. Et, par rapport à l'écart dont vous parlez, je dirai que sur Bordeaux il y est, mais encore une fois, c'est lié à la préparation, qui n'est pas arrivée au bon moment, mais comme Thierry Janeczek l'a dit aux journalistes, quand il a vu la date du tournoi, il savait bien que ce serait très difficile d'être en concurrence. Parce que nous les joueurs, on est pro, quand on est à quinze, on a déjà des objectifs avec les clubs, on n'a des objectifs physiques que par rapport aux matchs gagnés. Donc après, il est très difficile de rentrer dans un système de jeu à quinze. La différence avec les Blacks ... Je tiens à souligner que les All Blacks on les a battus il y a un mois, donc ça va très vite. Les matchs que l'on fait à Bordeaux est un bon match contre les All Blacks. On avait la pression, et il ne fallait pas qu'on perde. Pas parce que c'est un déshonneur de perdre contre les Blacks, mais il fallait montrer que l'on était là sur le terrain. Et je pense que l'on a joué à l'envers, qu'on a voulu leur faire mal en défense, et on a laissé des espaces, ce qui fait que l'on ait pris un score assez large. Parce que les Blacks, dès que l'on veut vraiment les étouffer, ils savent se sortir de ce genre de situation. Par contre, dès que nous on joue, tout le monde reconnait que l'on est une équipe très compétitive, et que le rugby à sept est vraiment fait pour les Français. Que le French Flair marche très bien au rugby à sept. Et c'est pour cela que le rugby à sept français a des résultats, malgré le peu de moyens qu'il a.

Planète Rugby : Souhaiteriez vous que Thierry Janeczek vous resélectionne pour le prochain tournoi ? (C'était à Londres les 6 et 7 juin, et Johan n'a malheureusement pas été retenu)

Johan Dalla Riva : Oui, bien sûr ! Moi le sept je le vis à fond. La priorité, comme tous les joueurs, c'est le rugby pro à quinze, donc priorité au club. Maintenant comme ce sont les clubs qui nous paient, ce sont eux qui prennent les décisions pour nous. Et les choses se passent très bien comme cela. Le sept est un sport à part entière, et il y a une super ambiance.

Planète Rugby : Selon vous, quelles sont les qualités requises pour jouer à sept ?

Johan Dalla Riva : Il faut avoir de l'explosivité et de la vitesse. Mais il ne faut pas non plus être hyper rapide. Si tu es très rapide, c'est un bon point. Comme il y a beaucoup d'espaces, les meilleurs à ce jeu, ce sont les plus rapides. Mais je pense que quelqu'un qui sait bien se placer, et bien gérer ses courses, peut s'en sortir. On le voit quotidiennement, ce sont des troisièmes lignes qui jouent, et ce n'est pas pour cela qu'ils prennent des courants d'air de partout ... Après, je pense qu'il faut savoir manier le ballon, et avoir un esprit collectif. A sept, un individualiste, il faut qu'il soit très explosif comme Jason Robinson, et il n'a pas besoin de collectif, parce que au 1 contre 1 il sera très fort. Les All-Blacks, justement font beaucoup de 1 contre 1. Il faut déplacer le ballon pour fatiguer les joueurs en faisant des passes, mais dès qu'il y a une décision à prendre, il faut être hyper explosif pour être très fort dans le 1 contre 1.

Planète Rugby : Que doit faire la France pour venir un peu inquiéter les Blacks, les Anglais ou les Fidjiens ?

Johan Dalla Riva : Tout simplement, avoir un travail constant et des repères comme eux. Les Blacks et les Anglais, on les inquiète. Il ne faut pas prendre le tournoi de Bordeaux comme une référence. On a battu les Blacks à Singapour, on a fait match nul contre les Anglais à ce même tournoi. Et on avait la même équipe. Il y a eu trois renforts à Bordeaux. La différence, c'est que nous, on est rentrés en club, et que eux, ils sont restés à faire des stages et ils ont préparé ça. Il est vrai aussi que eux, ils visent le titre mondial, donc peut etre que leur fédération les pousse un peu plus ? ... Mais ils ont bossé toute l'année, les Anglais ne changent pas leur équipe, et les All Blacks n'en parlons pas ! Ils sont quinze en contrat pro, et ils ne font que du sept. Il est vrai que le calendrier chez eux est plus adapté, qu'ils font leur tournoi à quinze des provinces, et qu'après, ils ont la sélection du super 12 qui arrive. Et ceux qui ne sont pas pris pour le super 12, ils partent jouer à sept. Et donc, du mois de décembre au mois de juin, ils sont conditionnés pour le sept. lls ne pensent pas au quinze mais au sept puisqu'ils sont préparés pour jouer la moitié de la saison à sept.

<>En France, le président de la fédération, Monsieur Bernard Lapasset nous a donné quelques garanties, il a compris ce qu'il s'était passé, que le rugby à sept était plus qu'un simple jeu, que ça allait amener du public vers le rugby, des supporters différents. Je suis sûr qu'il y en a qui vont préférer le sept au quinze. Et des personnes qui n'aiment pas le rugby, vont aimer le rugby à sept. Ce sont deux sports différents, et une ambiance différente dans le stade. C'est un tournoi, ça va très vite, il y a beaucoup équipes. Monsieur Lapasset a dit qu'il allait lancer des contrats. Et pas forcément prendre des joueurs de l'élite une. J'ai des amis qui jouent au rugby à sept depuis trois ans, comme Martial Molinier ou David Larguet. Et Thierry Janeczek a même dit à Bernard Laporte que si il faisait une équipe à 7 avec les joueurs du XV de France, et qu'il y avait un match contre les joueurs qui composent le 7 de France, qui viennent de ProD2, des espoirs et des anciens pros qui jouent en fédérale 1. Il pense qu'on gagnerait ! [NDLR : Janeczek a précisé, dans une interview, que tout de même, des joueurs comme Vincent Clerc ou Olivier Magne feraient mal à 7]

Il faut que le rugby français intègre de la constance, et mette sur pied une équipe de rugby à sept. On ne peut plus prendre des joueurs du quinze, et leur dire "vas y prends un ballon et apprends à jouer au sept ... Tu as une semaine pour être au niveau mondial." Si les Anglais y arrivent en travaillant, et les Français, s'ils sont prêts physiquement, seront redoutables au niveau mondial.

 

Johan Dalla Riva face à Brive (Rugby à XV).
"Avec l'aimable autorisation de Johan Dalla Riva".

Planète Rugby : Hormis le tournoi de Bordeaux, à quels tournois avez vous participé ?

Johan Dalla Riva : J'ai participé aux tournois de Hong Kong, Los Angeles, Dubaï (Emirats Arabes Unis), Durban (AFS), Georges (AFS), aux jeux mondiaux du Japon à Aquita, aux îles Fidji, à Los Angeles, Wellington, Singapour, et pour finir, à Bordeaux.

Le championnat de rugby à sept, c'est un peu comme la formule 1, il y a plusieurs étapes, et toutes les équipes marquent des points. Au classement, nous les Français on est septième, devant l'Australie qui a pourtant une très bonne équipe de rugby à sept.

En France, on a du retard, parce que nos calendriers sont surchargés. Il faudrait avoir des joueurs qui ne feraient que ça. Monsieur Lapasset pense qu'il peut permettre aux clubs de prendre un joueur en plus pour libérer un joueur à sept. Le joueur serait alors en contrat pro avec le club, mais il ne rentrerait pas dans le maximum de contrats autorisé. Comme ça, le club ne serait pas pénalisé. La Coupe du Monde de rugby à 7 arrivera au mois de mars 2005, et l'équipe de France sera prioritaire, comme chaque année de Coupe du Monde pour toutes les autres équipes.

Planète Rugby : Selon vous quel est le meilleur joueur de rugby à sept ?

Johan Dalla Riva : Le meilleur joueur Françis de rugby à sept, il est remplacant en Pro D2 à Limoges, et l'an prochain il partira certainement jouer en Fédérale 1. Il s'agit de Martial Molinier .Et il y a aussi David Larguet. J'ai joué en espoirs au Stade Toulousain avec lui. En contrat pro, il a fait un ou deux matchs au ST.

Planète Rugby : Qu'est ce qu'il vous plait dans le rugby à sept ?

Johan Dalla Riva : Ce qui me plait dans le rugby à sept, ce sont les espaces, le 1 contre 1, la prise de risques, les longues courses, les prises de décisisons rapides. Et aussi, le fait que tout le monde touche le ballon. Quand tu rentres sur un terrain de rugby à sept, tu es sûr que tu fais partie du système de l'équipe. Dans le rugby à sept, contrairement au quinze, chaque joueur a son importance, la même qu'un demi de mêlée à quinze. C'est à dire que tu es sur que tu vas toucher le ballon, qu'il va passer par toi quoiqu'il arrive ... Un joueur qui ne touche pas le ballon dans une partie de rugby à sept, c'est impossible !

Planète Rugby : Quels sont les postes au rugby à sept ?

Johan Dalla Riva : Il y a deux piliers, un talonneur, les avants et les trois-quarts sont un neuf, un dix, un centre, et un ailier. Sur les phases de lancements, moi je suis à l'aile, et après je joue sept très vite.

(Fin de l'entretien).

Nous remercions Johan Dalla Riva pour nous avoir accordé cette interview, et nous avoir ainsi fait partager sa passion du rugby à sept ! Nous vous signalons également un site interessant au sujet du rugby à sept : http://sevens.free.fr/html/homeset.html

Astrid, pour Planète Rugby 2004.

 

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