PRESENTATION
Le
quart de finale à sensations: d’abord quelle qu’en
soit l’issue un grand du rugby mondial quittera la compétition,
ensuite il est bien difficile d’en prévoir le vainqueur.
Certes,
les All Blacks sont invaincus face aux Springboks depuis la
saison 2000 (six victoires consécutives) et cette année
ils les ont étrillés chez eux à Pretoria
52 à 16 en leur marquant sept essais. Certes les Sud-Africains
ont encore monté une équipe de bric et de broc
au dernier moment, retenant un ouvreur de vingt ans non titulaire
dans sa province, un arrière qui n’était
pas du squad initial, un autre arrière à l’aile
et un pilier de trente-trois ans qui n’avait guère
fait parler de lui auparavant. Et pourtant… le supporter
néo-zélandais tremble. Et tout cela à cause
des Gallois.
Alors
que tout le monde attendait que les Blacks dévorent les
hommes au poireau tout crus, c’est une drôle de
soupe à la grimace que ceux-ci leur ont donné
à ingurgiter. Certes ce match n’a pas eu l’air
d’ébranler la sérénité de
John Mitchell qui s’est déclaré ravi de
cette opposition enfin « sérieuse » qu’il
attendait depuis le début de la Coupe du monde. Mais
sans l’avouer, il doit tout de même être passablement
agacé par les trente-sept points encaissés par
ses poulains. Il n’est point de défense aussi pitoyable
soit-elle qui ne se travaille et on peut faire confiance aux
Blacks pour rectifier le tir dans ce domaine. Reste tout de
même le problème de la conquête. Une fois
encore, les « tout noirs » ont péché
dans ce domaine. Bougés en mêlée, imprécis
en touche (un ballon pris en touche par le deuxième ligne
gallois Cockbain sur lancer néo-zélandais a amené
l’essai de Shane Williams), bousculés dans les
regroupements, la partition dans ce domaine contre les Gallois
a livré de nombreux couacs même s’il y eut
du mieux en fin de match.
Or
il est probable que les Springboks (on se demande toujours pourquoi
l’Afrique du Sud a choisi une gazelle comme emblème
quand on voit son style de jeu) vont vouloir mettre une grosse
pression sur les avants All Blacks. C’est là que
sont leurs forces avec un cinq de devant de gros tonnage et
un alignement impressionnant. C’est le seul domaine où
ils se savent (ou croient) supérieurs aux Néo-Zélandais
car côté trois-quarts il n’y a pas photo.
Leur seule chance de l’emporter est de priver les Spencer,
Howlett, Muliaina et autre Rokocoko de ballons car ils n’ont
guère dans l’ordre de la créativité
et de l’imprévisibilité que le louvoyant
Ashwin Willemse à leur opposer.
Le
seul problème pour les Boks c’est que reculer devant
ne gêne pas les Blacks. Cela ne les empêche pas
d’attaquer. Ils sont tout aussi dangereux avec un mauvais
ballon loin de l’en but adverse qu’une équipe
en surnombre offensif peut l’être à trois
mètres de la ligne d’essai. Les Blacks peuvent
perdre six ballons en touche, se faire remuer en mêlée
et reculer de trente mètres sur des mauls progressant,
cela ne les perturbera pas. Un ballon perdu ou un jeu au pied
imprécis et c’est la rafale en sens inverse.
Pour
battre les Blacks, les Boks ne peuvent pas se contenter de dominer
devant, ils doivent au sens littéral du terme les priver
de ballons par une conservation exemplaire et un jeu au pied
on ne peut plus précis. Il faudra aussi que leurs troisièmes
lignes aillent déplacer le combat vers les attaquants
Spencer-Mauger-MacDonald, loin d’être une garantie
tous terrains en défense, plutôt que d’aller
se risquer à une guerre de tranchées au ras avec
Thorne, McCaw et Collins. Sinon…
Didier
Lasserre |