PRESENTATION
Ainsi
donc la demi-finale commandée d’avance Australie/Nouvelle-Zélande
aura bien lieu. Il s’en est fallu de peu, les Irlandais
ayant décidé de mettre leur grain de sel dans
le menu concocté par les organisateurs. Deux points de
plus et c’était l’Irlande (ou l’Ecosse)
qui était promise aux boulimiques All Blacks. Mais comme
lors de la Coupe du monde 91 qui les avaient vus gagner 19-18,
les Australiens, embrouillés au possible par la soif
d’exploits des Celtes, ont gagné d’un petit
point. L’Histoire, qui repasse souvent les plats, n’a
pas voulu que le petit Poucet terrasse l’Ogre (ou présumé
tel).
Retour
de bâton, l’Australie va en trouver un, d’ogre,
sur sa route et un gros. La Nouvelle-Zélande a faim de
victoires et d’essais et nourrit de grosses ambitions
que seize ans de disette en Coupe du monde depuis son titre
en 1987 ont engraissés. N’avoir que des miettes
à son palmarès comme la finale de la Coupe du
monde 95, deux Tri-nations sur trois ou la place de premier
par l’ordinateur de Zurich machin ne nourrit pas son All
Black. Il en veut plus. Beaucoup plus. Ses quarante-cinq essais
marqués jusque-là ne l’ont pas rassasié
et d’avoir mangé tout cru le pack sud-africain
pas davantage. Il veut porter la Coupe à ses lèvres
même si le mauvais goût de poireaux laissé
par son dernier match de poule a un temps laissé croire
qu’il en était loin. Son match contre des Springboks
bien faibles du jarret a confirmé que tous les ingrédients
étaient réunis. Il a montré à tous
ceux qui faisaient la fine bouche la consistance de son jeu
d’avants, avec un pack de huit soudé et costaud
qui a permis à ses demis de se faire mousser, libérés
de la pression adverse. Les avants se sont régalés
et un instant on a pu croire que les Blacks avaient l’intention
de resserrer la vis et de fermer les vannes de l’attaque
pour la suite de la compétition. Il n’en est heureusement
rien. Le kiwi veut toujours battre de l’aile (ce qui est
remarquable) et avec des clients comme Rokocoko et Howlett il
aurait bien tort de nous sevrer. Il est cependant à espérer
que le buteur MacDonald ne nous resservira pas son indigeste
prestation.
Reste
toutefois une question. Le Wallaby, très peu prisé
actuellement, peut-il rebondir ? Piqué au vif par le
chardon, il est certain qu’il va vouloir sortir le grand
jeu ne serait-ce que pour faire taire les nombreux critiques
qui n’apprécient guère ce qu’il nous
sert depuis le début de la compétition. Sans faire
la fine bouche, force est de constater que son jeu manque de
liant, il semble dilué dans une addition de talents qui
ne parviennent pas à jouer ensemble. Les avants, insipides
en mêlée et en touche face aux Ecossais, ne semblent
qu’un agglomérat peu à même de peser
sur un match. Loin d’avoir le jeu parfaitement huilé
des Blacks, les Australiens vont encore (beaucoup) compter sur
leurs treizistes survitaminés Sailor, Tuquiri et Rogers
mais malgré toutes leurs qualités et leurs efforts
la sauce ne prend pas. Contre l’Ecosse, les Wallabies
n’ont marqué que sur contres et grâce à
l’attitude arbitrale de mauvais goût de ne pas voir
les passages à vide. Il est à espérer pour
eux et la qualité du match qu’ils retrouvent la
recette du jeu qui avait failli faire leur succès à
Auckland en août dernier (défaite 17 à 21)
car s’ils reproduisent leurs prestations des derniers
matches il leur faudra accommoder les restes que voudront bien
leur laisser les Blacks.
Didier
Lasserre (Auteur du livre "All Blacks 1987-2003")
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