COMPTE-RENDU
Ainsi
donc, une fois encore le parcours de la Nouvelle-Zélande
en Coupe du monde s’arrête au niveau des demi-finales.
Comme en 1991 et en 1999. En 1991, c’était l’Australie
qui l’avait éliminée, en 1999 cela avait
été une énorme surprise tellement elle
semblait supérieure à la France. 2003 aura constitué
la synthèse des deux : l’Australie a battu les
favoris All Blacks à la stupéfaction générale
(sauf de ses supporters évidemment). Un point commun
à ses trois rencontres : cela a été chaque
fois net et sans bavure et chaque fois les Blacks n’ont
jamais pu résoudre les problèmes que leur posaient
leurs adversaires.
Cette
fois-ci, les Néo-Zélandais sont tombés
sur une équipe qui les a totalement privés de
ballons du début à la fin du match. Ils ont dû
avoir en tout et pour tout deux ballons d’attaque en première
mi-temps dont un a abouti à l’essai de l’Australien
Mortlock après interception. Le fait qu’ils soient
retombés dans leurs travers en touche (lancers pas droits,
sauteurs lobés ou sautant à contretemps) et dans
la banalité en mêlée n’a pas arrangé
les choses, le manque de réussite de leur buteur MacDonald
non plus. Mais le plus curieux c’est le total manque d’envie
qu’ont montré les All Blacks. Certes sevrés
de ballons, ils n’ont pas eu la possibilité de
s’exprimer comme ils l’auraient voulu mais à
l’instar des Sud-Africains en quart ils ont paru sans
âme, mous et rapidement résignés. Incapables
de la moindre rébellion collectivement, ils se sont «
lancés » en seconde mi-temps dans des actions individuelles
stériles vouées à l’échec
par le manque criant de soutien. Comme en 1999 contre la France
en seconde mi-temps, ils ont semblé complètement
déboussolés et perdus et dans l’incapacité
totale de varier leurs lancements et leur style de jeu. Alors
qu’il aurait fallu comme les Samoans et les Sud-Africains
contre les Anglais lutter dans les regroupements et se montrer
virulents dans les phases après plaquages, ils ont continué
à ne laisser que deux ou trois joueurs dans ces phases
de jeu s’enlevant ainsi tout espoir de récupérer
le moindre ballon face à la remarquable organisation
des Australiens.
Ceux-ci,
étonnamment sûrs d’eux et de leurs forces,
sont quand même incroyables. Qui les auraient crû
capables d’une telle performance dans l’ordre de
la conquête et de la conservation du ballon après
leurs piètres performances de ces dernières semaines
? Voilà une équipe qui a été embrouillée
par les Irlandais devant comme derrière, qui a été
dominée plus de cinquante minutes par le pack écossais
et qui a été incapable de livrer un match plein
jusqu’aux quarts de finale ; et la voilà qui affiche
une sérénité à toute épreuve
et montre un jeu calibré et parfaitement rôdé
en demi. Allez comprendre quelque chose au rugby après
ça. En fait cela dépasse le cadre du rugby et
renvoie à la nature même du joueur australien.
Celui-ci est issu du pays certainement le plus sportif au monde.
Tout le monde ou presque en Australie pratique un sport et il
n’est pas rare que le joueur de rugby cumule les activités
sportives. Cette pratique intégrée au quotidien
fait du rugbyman australien un vrai compétiteur, bien
éloigné de l’aspect ludique du sport, habitué
à la compétition, fait pour elle et l’appréciant.
Un tournoi à élimination directe comme la Coupe
du monde convient parfaitement au Wallaby. Il baigne depuis
son enfance dans cette formule où pour exister il faut
gagner. Après ça il ne faut pas s’étonner
qu’il ait su rebondir malgré les tâtonnements
des derniers mois ou la pluie de critiques qui s’est abattue
sur lui. Il ne faut pas s’étonner non plus que
malgré la volonté initiale de leur entraîneur
Eddie Jones de mettre en place un jeu tourné vers l’attaque,
les Australiens soient retournés à ce jeu qui
fit leur succès en Coupe du monde 99. Possession, conservation,
défense de fer. Un jeu pensé et mis en place pour
gagner, vaguement inspiré du XIII. On a le ballon, on
percute, on nettoie ; deux passes, on percute, on nettoie ainsi
de suite pendant de longues minutes en attendant la faute adverse
qui permettra la tentative de pénalité ou de prendre
le trou. C’est certes emmerdant au possible pour le spectateur
mais c’est sacrément efficace. Si les Australiens
affichent ce niveau de maîtrise le week-end prochain,
on souhaite bien du courage à l’autre finaliste.
Didier
Lasserre (Auteur du livre "All Blacks 1987-2003")
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