Demi-finale 1
NOUVELLE
ZELANDE
10
( 7 )
22
( 13 )
AUSTRALIE
1 Essais : Thorne (36e)
1 Transformation : MacDonald (36e)
1 Pénalités: MacDonald (57e)
1 Essais : Mortlock (10e)
1 Transformation :
Flatley (11e)
5 Pénalités:
Flatley (24e, 34e, 42e, 54e, 62e)
Samedi 15 novembre 2003 - Sydney - Telstra Stadium
Arbitre : M. Chris White (Ang)

Entraîneur:
John Mitchell

15 Mils Muliaina - 14 Doug Howlett - 13 Leon MacDonald - 12 Aaron Mauger - 11 Joe Rokocoko - 10 Carlos Spencer - 9 Justin Marshall (Byron Kelleher 47e) - 8 Jerry Collins (Marty Holah 72e) -7 Richie McCaw - 6 Reuben Thorne (cap) - 5 Ali Williams (Brad Thorn 57e) - 4 Chris Jack - 3 Greg Somerville - 2 Keven Mealamu - 1 Dave Hewett (Kees Meeuws 47e, Dave Hewett 69e).

Remplaçants: 16 Mark Hammett, 21 Daniel Carter, 22 Caleb Ralph.


Entraîneur:
Eddie Jones

15 Matt Rogers - 14 Wendell Sailor - 13 Stirling Mortlock (Joe Roff 71e) - 12 Elton Flatley - 11 Lote Tuqiri - 10 Stephen Larkham - 9 George Gregan (C) - 7 Phil Waugh - 8 David Lyons - 6 George Smith (Matt Cockbain 71e) - 5 Nathan Sharpe (David Giffin 39e) - 4 Justin Harrison - 3 Ben Darwin (Alastair Baxter 50e) - 2 Brendan Cannon (Jeremy Paul 48e) - 1 Bill Young

Remplaçants :20 Chris Whitaker - 21 Nathan Grey


COMPTE-RENDU

Ainsi donc, une fois encore le parcours de la Nouvelle-Zélande en Coupe du monde s’arrête au niveau des demi-finales. Comme en 1991 et en 1999. En 1991, c’était l’Australie qui l’avait éliminée, en 1999 cela avait été une énorme surprise tellement elle semblait supérieure à la France. 2003 aura constitué la synthèse des deux : l’Australie a battu les favoris All Blacks à la stupéfaction générale (sauf de ses supporters évidemment). Un point commun à ses trois rencontres : cela a été chaque fois net et sans bavure et chaque fois les Blacks n’ont jamais pu résoudre les problèmes que leur posaient leurs adversaires.

Cette fois-ci, les Néo-Zélandais sont tombés sur une équipe qui les a totalement privés de ballons du début à la fin du match. Ils ont dû avoir en tout et pour tout deux ballons d’attaque en première mi-temps dont un a abouti à l’essai de l’Australien Mortlock après interception. Le fait qu’ils soient retombés dans leurs travers en touche (lancers pas droits, sauteurs lobés ou sautant à contretemps) et dans la banalité en mêlée n’a pas arrangé les choses, le manque de réussite de leur buteur MacDonald non plus. Mais le plus curieux c’est le total manque d’envie qu’ont montré les All Blacks. Certes sevrés de ballons, ils n’ont pas eu la possibilité de s’exprimer comme ils l’auraient voulu mais à l’instar des Sud-Africains en quart ils ont paru sans âme, mous et rapidement résignés. Incapables de la moindre rébellion collectivement, ils se sont « lancés » en seconde mi-temps dans des actions individuelles stériles vouées à l’échec par le manque criant de soutien. Comme en 1999 contre la France en seconde mi-temps, ils ont semblé complètement déboussolés et perdus et dans l’incapacité totale de varier leurs lancements et leur style de jeu. Alors qu’il aurait fallu comme les Samoans et les Sud-Africains contre les Anglais lutter dans les regroupements et se montrer virulents dans les phases après plaquages, ils ont continué à ne laisser que deux ou trois joueurs dans ces phases de jeu s’enlevant ainsi tout espoir de récupérer le moindre ballon face à la remarquable organisation des Australiens.

Ceux-ci, étonnamment sûrs d’eux et de leurs forces, sont quand même incroyables. Qui les auraient crû capables d’une telle performance dans l’ordre de la conquête et de la conservation du ballon après leurs piètres performances de ces dernières semaines ? Voilà une équipe qui a été embrouillée par les Irlandais devant comme derrière, qui a été dominée plus de cinquante minutes par le pack écossais et qui a été incapable de livrer un match plein jusqu’aux quarts de finale ; et la voilà qui affiche une sérénité à toute épreuve et montre un jeu calibré et parfaitement rôdé en demi. Allez comprendre quelque chose au rugby après ça. En fait cela dépasse le cadre du rugby et renvoie à la nature même du joueur australien. Celui-ci est issu du pays certainement le plus sportif au monde. Tout le monde ou presque en Australie pratique un sport et il n’est pas rare que le joueur de rugby cumule les activités sportives. Cette pratique intégrée au quotidien fait du rugbyman australien un vrai compétiteur, bien éloigné de l’aspect ludique du sport, habitué à la compétition, fait pour elle et l’appréciant. Un tournoi à élimination directe comme la Coupe du monde convient parfaitement au Wallaby. Il baigne depuis son enfance dans cette formule où pour exister il faut gagner. Après ça il ne faut pas s’étonner qu’il ait su rebondir malgré les tâtonnements des derniers mois ou la pluie de critiques qui s’est abattue sur lui. Il ne faut pas s’étonner non plus que malgré la volonté initiale de leur entraîneur Eddie Jones de mettre en place un jeu tourné vers l’attaque, les Australiens soient retournés à ce jeu qui fit leur succès en Coupe du monde 99. Possession, conservation, défense de fer. Un jeu pensé et mis en place pour gagner, vaguement inspiré du XIII. On a le ballon, on percute, on nettoie ; deux passes, on percute, on nettoie ainsi de suite pendant de longues minutes en attendant la faute adverse qui permettra la tentative de pénalité ou de prendre le trou. C’est certes emmerdant au possible pour le spectateur mais c’est sacrément efficace. Si les Australiens affichent ce niveau de maîtrise le week-end prochain, on souhaite bien du courage à l’autre finaliste.

Didier Lasserre (Auteur du livre "All Blacks 1987-2003")


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