Par
Laporte, par la petite porte...
Ca
y est, c'est fini. Le seul évènement d'envergure
mondial impliquant notre sport s'achève donc aux antipodes,
et verra deux des équipes favorites s'affronter en
Finale.
Que
peut-on dire de cette compétition ? Eh bien, mon humble
avis est qu'elle fût sans surprise: Comme dans les précédentes
éditions, les petites nations ont été
les faire-valoir des grandes, en montrant néanmoins
un fort bon état d'esprit malgré un calendrier
défavorable, et les nations du Pacifique ont apporté
aux yeux des spectateurs habitués au rugby des vieilles
nations fondatrices un air d'exotisme qui fait réver
d'une universalité qui se refuse encore au monde restreint
de l'ovale.
En
se concentrant d'avantage sur les chances de l'équipe
de France, on peut dire que le résultat des bleus était,
lui aussi, sans surprise: Les Anglais, vainqueurs du dernier
tournoi des Six Nations, étaient (dixit Bernard Laporte)
favoris, et les champions du monde Australiens, déjà
deux fois vainqueurs, défendaient leur titre chez eux,
malgré une prestation médiocre en début
de compétition comme dans le tri-nations 2003.
Objectivement,
les Bleus de 2003 font moins bien que ceux de 1999. Bernard
Laporte en était le patron. Bernard Laporte est un
entraineur entrainant, passionné, qui a su, aprés
ses succés à Bègles et à Paris,
emmener l'équipe de France à gagner le grand
chelem, et à battre, épisodiquement les Anglais
et les Néo-Zélandais, ce qui n'est pas une mince
affaire, comme il le rappelle lui-même assez souvent.
Il a sû exiger et obtenir des moyens, humains et matériels,
dont ses prédécesseurs n'ont pas eû la
chance de disposer en leur temps. Mais surtout, il a sû,
par une disponibilité médiatique contrastant
avec d'autres entraineurs, se concilier la bienveillance des
médias à son égard.
Perdre
une demi-finale de coupe du monde face à l'Angleterre,
ça peut être honorable. Perdre la "consolante"
face aux légendaires "All Blacks" de Nouvelle-Zélande,
il n'y a pas à en rougir. Oui, mais voilà: L'honneur
n'y était pas, et l'encadrement des bleus a trahi l'esprit
du sport...
Car
sitôt la cuisante et méritée défaite
face à l'Angleterre, ce fût la débandade
dans les esprits, et on ne peut pas dire que les chefs ont
donné l'exemple:
Il
fût désolant de voir un grand joueur comme Fabien
Galthié, deux heures à peine aprés la
défaite de son équipe, renoncer à participer
à la petite finale, en donnant à son renoncement
le sens de l'adoubement de Yachvili comme successeur (ou quasi).
Avant de commencer la coupe du monde 2007, ne doit-on pas
d'abord quitter la coupe du monde 2003, comme il se doit,
en portant haut nos couleurs ? A noter que, depuis, un motif
personnel, (compréhensible, lui) l'a obligé
à quitter l'Australie avant la fin de la compétition.
Un grand joueur sort par la petite porte.
Ce
qui ne fût pas, par contre, une surprise, c'est le retournement
des obsevateurs Français autour de l'équipe
de France et d'un certain conformisme: L'équipe d'Angleterre
était favorite, mais elle était peut-être
"prête trop tôt", les Australiens étaient
"moins bons qu'il y a quatre ans", les All Black,
"ce n'est plus ce que ça a été".
Les Francais, eux, "montaient en puissance" et Frédéric
Michalak était le petit magicien de cette compétition.
La finale était en vue...
Il
n'est pas honteux d'avoir cru tout celà: Ce qui est
dommage, ponctuellement, c'est de mettre le naufrage collectif
face aux anglais sur le dos d'un jeune joueur. Il s'en remettra.
Egalement dommage qu'à force d'analyse vidéo
du jeu adverse, on n'ait presque oublié que les conditions
climatiques font partie du jeu, comme l'arbitrage. C'est dommage,
mais ce n'est pas honteux.
Ce
qui est regrettable, c'est qu'on quitte cette compétition
par la petite porte, et là, la responsabilité
de l'encadrement des "Bleus" est entière:
On ne peut pas parler d'un groupe de 30 joueurs, et avoir
en tête une "équipe type" d'une part,
et une "équipe bis", (autoproclamée,
par auto-dérision, "toasties"), par ailleurs...
Or, ce fût effectivement le cas.
Dans
ce contexte, faire jouer la consolante (face à la "grande
équipe" des All Black), par une "équipe
bis" n'ayant rencontré que les Etats-Unis, c'est
non seulement irresponsable, mais c'est indigne: Les All-Blacks,
tous les rugbymen du monde rèvent de les rencontrer
un jour (demandez aux minimes de votre club favori). On ne
respecte pas les "tous noirs" en agissant de la
sorte. Or, on l'apprend à l'école de Rugby comme
un fondamental: Il faut toujours respecter l'adversaire. Les
Samoans, eux, avaient montré ce qu'est le respect de
l'adversaire, tant devant les Sud-Africains que devant les
Anglais.
L'idée
de "faire jouer les jeunes pour préparer l'avenir",
c'est bidon, car il y aura bien d'autre matchs pour ça
! La Coupe du Monde ne sera finie qu'aprés la finale
! Face aux Blacks, il faut aligner "les meilleurs"
! (notez les guillemets). Les Allblacks, ce ne sont pas les
Barbarians, tout de même ! Les All Blacks, et c'est
peut-être là la différence avec "nous",
c'est qu'ils respectent tous leurs adversaires.
Avec
une telle mentalité, on aurait peut-être mieux
fait, coté Français, de déclarer forfait
dés samedi dernier, et rentrer à Roissy. Ca
me fait penser à ces entraineurs du Top 16 qui, par
souci tactique, alignent les espoirs face aux équipes
qu'ils estiment supérieurs, au détriment du
public et de l'esprit du sport.
Dommage
que ce manquement ternisse l'image de la France face à
une équipe mythique. En cela, le système FFR
est peut-être condamnable. Doit-on laisser à
un seul sélectionneur la responsabilité d'une
décision impactant l'image mondiale du rugby Francais
? Jo Maso n'est-il pas là-bas pour veiller à
ce que ce genre de polémique ne se pose pas ? Pour
moi, Laporte, dans son ambition (sans doute légitime),
et a mal réagi à la défaite de samedi
dernier. Mais le représentant de la FFR dont le rôle
est d'empêcher l'homme de nuire au système, c'est
le manager général... et là, Jo Maso
a failli.
La
réaction de Laporte est celle d'un passionné
déçu, et donc, elle est humaine et je crois
qu'il a encore à apprendre les règles de ce
niveau...Son ascension a été trés rapide,
et si j'implique plutot le manager dans cette petite sortie,
c'est parce que je veux comprendre ce qu'il fait là-bas
s'il ne peut pas empêcher cela...
Que
ces deux hommes de valeur restent ou non à la tête
du XV de France importe finalement assez peu, car notre pays
ne manque pas d'hommes de valeur qui ont le sens du rugby,
de la gestion des hommes et du jeu, et dans le respect de
son esprit.
Philippe
Morin, le jeudi 20 novembre 2003, aprés France-Nouvelle
Zélande, et avant la finale.